Rétrospective Annecy Cinéma italien
Du 15 avril au 9 mai 2009
Le plus important festival du cinéma italien (hors d’Italie) se tient chaque année à Annecy en France depuis 26 ans et propose une sélection compétitive de films récents, des avant-premières, des hommages et des expositions. Et tous les films sont sous-titrés en français. Il n’en fallait pas plus pour éveiller notre intérêt, nous qui avons toutes les difficultés du monde à trouver des copies sous-titrées pour la programmation de la Cinémathèque ; il nous a suffi de puiser dans cette sélection avec la complicité du directeur de l’Institut culturel italien, Angelo Mazzone, grand cinéphile devant l’éternel, et de Jean A. Gili, délégué général du festival.
Le cru 2008 du cinéma italien est exceptionnel à bien des égards, d’abord par la qualité générale de ses productions mais aussi par la place que cette cinématographie a reprise sur la scène internationale après de nombreuses années d’une présence trop discrète avec, entre autres, Gomorra, de Matteo Garrone, Grand Prix du Jury au festival de Cannes et Il Divo, de Paolo Sorrentino, Prix du Jury au même festival. Les films des jeunes réalisateurs présentés à Annecy cette année affichaient unanimement une habilité professionnelle indéniable accompagnée, pour un grand nombre d’entre eux, d’un zeste d’érotisme de bon aloi.
Il faut aussi souligner que le festival a créé une nouvelle section compétitive, consacrée aux documentaires, une douzaine de films retenus parmi la centaine réalisée en 2008. Parmi eux, Morire di lavoro, de Daniele Segre, un des films les plus impressionnants de cette édition. Des veuves, des mères, des frères, des sœurs d’accidentés du travail témoignent face à la caméra, sans esbroufe, des malheurs dont ont été victimes leurs proches. Leurs récits sont bouleversants et le réalisateur leur laisse toute la place, pas de voix off, pas de musique, seulement des portrais de femmes (surtout) et d’hommes plongés dans une grande affliction à cause d’un système qui exploite les travailleurs d’une façon insensée.
Dans une année dominée par les films de Cannes, la programmation d’Annecy faisait une large place à des œuvres de jeunes cinéastes — premiers ou seconds films. Primé par le Jury, Se chiudi gli occhi, de Lisa Romano, démarre comme une comédie et vire au drame lorsqu’on découvre que le sujet aborde la question du trafic d’organes. Prix Spécial du Jury, All’amore assente, d’Andrea Adriatico, installe une atmosphère tendue par la complexité d’une intrigue qui joue sur la recherche d’un individu disparu. Il rabdomante, de Fabrizio Cattani, aborde intelligemment le rapport à l’environnement dans une région où la mafia a pris le contrôle de l’eau. Tutto torna, d’Enrico Pitzianti, évoque les problèmes de la jeunesse sarde et s’inscrit dans un filon régionaliste qui fait de la diversité culturelle une des forces du cinéma italien contemporain. a C’est, de fait, à partir d’œuvres solidement enracinées dans leur culture, du Piémont à la Sicile, que
se définit l’originalité de la production italienne. Ainsi, dans des genres divers et des thématiques multiples, les films nous amènent de Turin (Dilettoinletto, de Marco Carnit, La fine della notte, de Francesco Munzi) à Naples (Gomorra), à Florence (Piano solo, de Riccardo Milani) à Rome (Il Divo), de la Campanie à la Sicile ou à la Sardaigne, dans une richesse de langues et de mœurs sans équivalent. Dans cette même veine encore, La giusta distanza, de Carlo Mazzacurati, une œuvre d’un cinéaste insuffisamment reconnu qui tire sa force et sa tension dramatique des admirables paysages de la basse vallée du Pô.
Pierre Jutras
Directeur de la programmation, Cinémathèque québécoise
Jean A. Gili
Délégué général du festival Annecy Cinéma italien
Ce cycle est présenté grâce à la collaboration de l’Institut culturel italien, de Filmitalia, de Cinecittà Holding et du festival Annecy Cinéma italien.