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CHINE CINÉMA

Jia Zhang-ke, le cinéaste de l’histoire locale au cœur de la mondialisation

Du 6 au 28 septembre

Né dans une petite ville provinciale nommée Fenyang, Jia Zhang-ke exerce d’abord, après le lycée, le métier de musicien ambulant avant d’entrer à l’Académie du film de Beijing. À l’âge de 27 ans, il tourne Pickpocket, son premier film de fiction qui, comme deux de ses autres longs métrages, Platform et Plaisirs inconnus, n’ont jamais obtenu l’autorisation de projection publique en Chine, étant considérés comme des œuvres clandestines. Contrairement à ce que plusieurs croient, le terme « clandestinité » n’indique pas nécessairement une position dissidente en Chine ; en principe, il s’agit de films qui n’ont jamais été soumis à la censure pour obtenir une autorisation officielle. Durant les années 1990, après l’incident de la Place Tiananmen, Jia et certains autres jeunes réalisateurs ne voulaient pas se confronter à la censure pour éviter que leurs films soient tronqués par les exigences arbitraires des censeurs.

Au début du XXIe siècle, le gouvernement chinois a assoupli partiellement la censure par souci de protéger le marché domestique des films. Les copies DVD des films de Jia, y compris les trois « clandestins », sont maintenant accessibles dans la plupart des boutiques vidéo de Chine. Malgré leur infortune en Chine, ces films ont cependant attiré l’attention des critiques du monde entier. En 2000, Village Voice, l’hebdomadaire new-yorkais bien connu et respecté dans le milieu artistique, considérait Jia comme le meilleur réalisateur de moins de 40 ans dans le monde (en effet, il n’avait que 33 ans cette année-là).

Avec une esthétique documentaire, un discernement subtil et précis et une compassion presque imperceptible malgré leur profondeur, ces trois films se concentrent sur la jeunesse au Shangxi, la province natale du réalisateur. Tournés dans cette province appauvrie par les faillites des entreprises d’État, ils révèlent un autre côté de l’intégration de la Chine dans le marché mondial : une large part de la population (qui reste souvent invisible) paie un prix élevé pour la nouvelle prospérité économique du pays. En 2004, The World, son premier film de fiction publiquement diffusé en Chine, porte sur un parc d’attractions situé dans la banlieue de Beijing. Jia se sert de ce parc à la Disney comme métaphore de la Chine d’aujourd’hui et de la place occupée par une partie de sa population au sein du mouvement intense de la mondialisation. Dans ce film, tourné avec un budget beaucoup plus considérable que pour ses trois films dits « clandestins », Jia pratique un style documentaire différent de ses précédents et montre méticuleusement une société du spectacle « spectaculaire »...

Sa relation intime à la musique populaire a profondément influencé les premières œuvres du cinéaste. Par exemple, son deuxième film, Platform, est une épopée des années 1980 dans laquelle les chansons les plus populaires de chaque année marquent le passage du temps à travers l’interprétation d’un groupe de musiciens ambulants. En 2006, Still Life, lauréat du Festival de Venise, révèle une nouvelle orientation dans le travail de ce réalisateur talentueux. Influencé par le tournage de son documentaire Dong — portrait d’un célèbre peintre chinois contemporain —, Jia commence à explorer plus consciencieusement les possibilités de l’art moderne, de telle sorte que ce film s’ouvre à un monde presque inconnu dans ses films précédents, un monde plus ouvert, plus énergétique et plus libre. Comme un signe de maturité, Jia s’éloigne apparemment de ses racines provinciales. Son œuvre la plus récente, 24 City, n’a plus rien à voir avec la province de Shangxi, son pays natal, qui hante ses films précédents. Cependant, une chose reste constante et intacte : sa préoccupation pour cette portion de la population chinoise qui est perdante dans le processus de mondialisation. En fin de compte, ses films ne racontent ni une histoire provinciale, ni une histoire chinoise, mais une histoire bel et bien mondiale, ou plus précisément, une histoire de mondialisation dans une version locale.

Lu Tonglin
Université de Montréal



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