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Kuchar
Le Prix de l’Âge d’or


Du 30 janvier au 29 mars



Chaque année, pendant les deux
premières semaines de juillet, la Cinémathèque royale de Belgique convie les cinéphiles à la compétition des Prix de l’Âge d’or.

Ce prix a été décerné pour la première fois en 1958, dans le cadre de la compétition du film expérimental de Knokke-le-Zoute, qui désigne l’une des récompenses octroyées et qui couronne Kenneth Anger. En 1963, il est attribué à Claes Oldenburg et en 1967 à Martin Scorsese pour son court métrage The Big Shave.

C’est en 1973 qu’est créé le Prix de l’Âge d’or, sous sa forme actuelle (ou presque), un prix en espèces, décerné par un jury belge à un film de long métrage « qui, par sa remise en question des valeurs établies, rappelle le film tout à la fois poétique et révolutionnaire de Luis Buñuel, l’Âge d’or » ; tous les films sélectionnés sont présentés à la Cinémathèque royale de Belgique dans le cadre d’un programme public.

Cette première définition, établie en 1973, allait au fil des années subir quelques modifications. En voici le texte actuel, tel qu’il a été rédigé en 1987. « Ce prix est attribué, en hommage à l’oeuvre célèbre de Luis Buñuel, dans le souci d’encourager la diffusion de films qui, par l’originalité, la singularité de leur propos et de leur écriture, s’écartent délibérément des conformismes cinématographiques. » Il s’agit d’une compétition à vocation esthétique et philosophique. Le Prix de l’Âge d’or ne couronne pas le meilleur film, les meilleurs acteurs, ni même la meilleure mise en scène : il couronne un film qui se veut différent, qui sort délibérément des sentiers battus du cinéma. Dans le meilleur des cas, les films lauréats dérogent aux règles établies, à la fois par leur propos et par leur écriture.

Freddy Buache, conservateur de la Cinémathèque de Lausanne et membre du jury de compétition du Prix de l’Âge d’or en 1983, rend ainsi hommage à Jacques Ledoux, conservateur de la Cinémathèque royale de Belgique de 1948 à 1988 et fondateur du Prix : « Jacques Ledoux ne cessera d’incarner l’exemple à suivre. Il sut allier à la fermeté de ses convictions personnelles, fondées précisément sur le savoir, beaucoup de sensibilité, d’intuition, de sérieux professionnel ; aux méthodes scientifiques de conservation dont il prenait en compte la moindre nuance, il joignait son goût d’aventurier marchant solitaire hors des sentiers battus, ce qui ne l’empêcha jamais, vertu rare, de partager la foi d’un si tenace tempérament avec l’amicale complicité de quiconque pouvait en saisir la rigoureuse détermination et les motifs qui la fondaient [...]

Cet amour — et c’est l’originalité de sa démarche — ne le portait pas seulement du côté des créations d’autrefois, mais ne gagnait à ses yeux les énergies de la vie que par une relation avec les expressions contemporaines inscrites en marge des spectacles de type habituel, commercialisés comme tels. Ce qu’il fit au Festival de Knokke-le Zoute marque bien cette folle envie d’aller à la découverte de territoires vierges où ne poussent que la pensée sauvage et les formes en liberté. Il faut l’avoir suivi, jour et nuit, dans ces espaces que dominent Magritte et Delvaux ; il entraînait avec fougue un public souvent réticent, devant des constellations en mouvement sur l’écran, zébrures, éclairs et foudres, tremblements de terre et de ciel, au bord de vides vertigineux d’où remontaient, collectives, d’innocentes émotions, observées là comme à l’initial instant de la Genèse.

Jacques avait besoin de provoquer ces déchirures dans l’uniforme bleu trop lisse du rassurant septième art narratif ; il L’Âge d’or La revue de la cinémathèque 90 | janvier–mars 2008 Bas-de-vignette 11 souhaitait mettre en évidence les beautés classiques de la règle en montrant la violence des exceptions. D’où son invention du Prix de l’Âge d’or, référence directe au fabuleux poème de Buñuel, qui brasse avec la cruauté qu’Artaud appelait au théâtre la puissance du rêve et l’agressive révolte contre l’oppression physique et métaphysique de l’ordre social (ou moral), nées de la brutalité d’un monde humain inacceptable.

Un cri, toujours, doit rompre le ronron de ceux qui se résignent ou qui laissent dormir leur mauvaise conscience dans l’univers feutré du confort intellectuel. C’est par le biais de l’excès que s’offre une chance de bousculer salutairement un conformisme qui, très imperceptiblement, a fini par justifier aussi bien l’inaction que les pires exactions. Les films, regroupés dans le cadre du Prix de l’Âge d’or, sont présentés aux membres d’un jury avant de figurer au programme de la Cinémathèque. Les discussions qui s’engagent pendant les délibérations de ce comité d’experts suscitent logiquement des prises de position contradictoires dont Ledoux tirait, mieux qu’aucun autre de ces débatteurs, une leçon de portée générale. Puis il en résumait, pour tous, une éclairante pédagogie au cours d’un repas. Car il n’oubliait pas que la gastronomie, elle aussi, notamment à l’ère du fast-food, participe de la culture du goût. »

Ce texte est tiré de la brochure Prix de l’Âge d’or de la Cinémathèque royale de Belgique, supplément au programme du Musée du Cinéma, à l’occasion du 20e anniversaire de la création du Prix.
Le programme comprend une sélection de 17 films primés au cours des années et a été réalisé grâce à la collaboration de la Cinémathèque royale de Belgique et de la Cinémathèque portugaise.





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