Gian Maria Volonté :
un acteur au-dessus de tout soupçon
du 8 au 23 mai 2009
Gian Maria Volonté a incontestablement dominé par sa présence le cinéma politique européen. Symbole de l’engagement politique du cinéma italien dans les années 1970, il est surnommé «la vedette rouge» par la critique. Pourtant, il nous invite à porter sur lui, sur le cinéma qu’il a incarné, un regard plus ample, plus généreux : « Plutôt que parler de cinéma politique, parlons plutôt de politique du cinéma. Il en aurait besoin. »
Il quitte la maison familiale à 17 ans. Pendant quatre années merveilleuses, il suit une petite troupe théâtrale ambulante. En 1954, il entre à l’Académie nationale d’art dramatique de Rome puis, poursuit une intense activité théâtrale et fonde une troupe qui porte le nom sans fard de «théâtre de lutte ». Comme acteur, Gian Maria Volonté débute pourtant dans les années 1960 par des films sans ambition politique. Sous le pseudonyme de John Wells, il tourne même dans les westerns spaghetti de Sergio Leone : Pour une poignée de dollars, Et pour quelques dollars de plus, où il donne la réplique à Clint Eastwood. Ces premiers rôles ont mis en valeur une facette de son personnage : le mauvais garçon, le bandit psychotique — puissant, effrayant et méchant. Par la suite, il est resté idèle à certains réalisateurs engagés, en particulier les frères Taviani, Carlo Lizzani, Elio Petri, Francesco Rosi, Giuliano Montaldo… C’est avec Elio Petri qu’il s’imposera comme une figure de la gauche militante italienne. Ainsi, Enquête sur un citoyen au-dessus de tout soupçon fait date dans l’histoire du film politique italien, par sa violence satirique et son intelligence idéologique. Le comité de censure de l’époque hésite à interdire la projection mais renonce en considérant qu’un film politique n’attirera pas les masses. Grossière erreur de pronostic : le film est le succès de l’année 1969. Francesco Rosi lui offre de beaux rôles titres, comme celui du mafieux Lucky Luciano ou Giordano Bruno, le célèbre penseur du XVIe siècle italien brûlé par l’Inquisition. L’année 1972 marque alors sa consécration : deux Grands Prix du Festival de Cannes sont décernés ex æquo à deux films dont il incarne le premier rôle : La classe ouvrière va au paradis et L’Affaire Mattei, où Volonté était, selon Francesco Rosi, « le seul acteur qui rendait possible la création du film », par son engagement politique et sa capacité à interpréter un personnage aussi obscur.
Un tel parcours ne manqua pas de frapper l’imagination et de faire fleurir les formules : « Avec son nom en forme de manifeste, Gian Maria Volonté impressionne […] C’est l’homme qui dévore l’acteur. Chaque rôle est choisi en fonction d’un but précis : le retentissement que peut avoir l’œuvre dans le combat que mène depuis toujours le citoyen italien Gian Maria Volonté. Car […] Volonté est communiste» Mais si Volonté manifeste quelque chose dans ses rôles, c’est au sein d’une liberté revendiquée, autant esthétique que politique ; il conteste même l’étiquette d’acteur engagé : « Je ne choisis pas vraiment mes rôles […] j’accepte ou non un film en fonction de la conception que je me fais du cinéma. Et il ne s’agit pas ici de donner une définition du cinéma politique, à laquelle je ne crois pas, car tout film, tout spectacle de manière générale est politique: le cinéma apolitique est une invention du mauvais journalisme. Ce que j’essaie, c’est que les films dans lesquels je joue disent quelque chose par rapport aux mécanismes de la société qui est la nôtre, que ces films répondent à une certaine recherche d’un morceau de vérité. » À sa mort en 1994, sur le plateau de Theo Angelopoulos, il laisse derrière lui un riche éventail de rôles mémorables, mais surtout un rare exemple de mélange réussi entre convictions politiques et performances esthétiques.
Cécile Noesser
Stagiaire à la programmation, Cinémathèque québécoise
Cet hommage à Gian maria Volonté est organisé en collaboration avec l’Institut culturel
1 Jean Wagner, Télérama, no 1170, juin 1972
2 Écran 72, no 6, entretien par Guy Brancourt.