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RETROSPECTIVE
Helen Doyle

Helen Doyle : l’exil et l’engagement

du 20 au 30 mai 2009

Explorer le parcours de la vidéaste-cinéaste touche-à-tout Helen Doyle est assez déroutant. Très tôt, elle s’est attachée à dénoncer des situations génératrices de drames humains. Qui dit situation dit aussi pouvoir de changement. C’est avec cet arrière-plan que Doyle a lentement et savamment construit une œuvre qui dénonce mais qui offre, aussi, des pistes d’espoirs, des chemins de ce qui pourrait être soigné. Politique, elle l’est depuis toujours. Co-fondatrice en 1973 du collectif de Québec La femme et le film, qui deviendra Vidéo Femmes en 1979, elle n’aura jamais cessé de s’engager par son art et dans sa vie quotidienne dans des causes civiques, tant locales que planétaires.

Elle a été aussi passionnément attirée par les autres arts comme catalyseurs de ses documentaires. Il y a un style Doyle indéniable. Par exemple, dans Soupirs d’âmes (2004), l’un de ses films les plus autobiographiques, elle se permet des inclusions métaphoriques où le travail d’une danseuse est utilisé comme l’expression d’une situation vécue par le personnage d’une orpheline qui se raconte au «  je  ».

Ces éléments définissent son art, brossant à la fois un portrait d’une réalité dure et exigeante et exprimant aussi par des gestes et des dramatisations, ce que les témoins n’osent ou ne peuvent dire. Cela, enfin, est assez symptomatique d’une certaine forme de pudeur qui peut de temps à autre se dégager de ses films. La pudeur de celle qui veut aller au devant des faits mais qui, respectueuse, n’ose tout montrer des témoins racontant leur propre vie. Dès lors, le relai est demandé à des professionnels de l’émotion. Ainsi peut-on y rencontrer des Julien Poulin, Rémy Girard, Yves Jacques ou Marie-Ginette Guay et la chanteuse Sylvie Tremblay omniprésente, agissant, dans les documentaires de la première heure du moins, comme des faire-valoir et des véhicules du sujet du film.

Dans la première période de sa carrière, Helen Doyle s’est attachée à expliquer. La démarche «communautariste» d’action sociale et de sensibilisation correspondait à l’une des missions de Vidéo Femmes : clamer les drames cachés dans la cité. Ainsi, les films Chaperons Rouges (1979) sur le viol, C’est pas le pays des merveilles (1981) sur la dépression des femmes, Les Mots/maux du silence (1982) sur la folie et l’art, posaient les bases d’une œuvre qui continue encore de nos jours de n’explorer qu’une chose : le traumatisme issu de la violence des autres, voire tout ce qui nous contraint à l’exil de soi. a Ainsi ne fait-elle maintenant qu’étendre, sur un plan vaste, ce qui l’a incitée à saisir la caméra dans les années 1970. Son contact avec Sarajevo en guerre a fait basculer son œuvre et lui a inspiré quatre films, Le Rendez-vous de Sarajevo
(1997), Les Messagers (2003), Soupirs d’âme (2004) et, indirectement, Birlyant, une histoire tchétchène (2007).

On y retrouve ce même partage compassionnel qui animait déjà ses vidéos de la première heure.

Fabrice Montal
Programmateur-conservateur du cinéma, de la télévision et des nouveaux
médias québécois et canadiens, Cinémathèque québécoise

 

 

 


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