 |
Le cinéma au Fresnoy : Figures libres.
Du 11 au 20 octobre
Avec le cinéma, le Fresnoy-Studio national des arts contemporains, situé à Tourcoing, au nord de Lille, s'est trouvé
un langage et une culture de référence qui ont inspiré et dominé l'art du XXe siècle. Mais au Fresnoy, le cinéma s'est trouvé des accents
nouveaux, venus d'ailleurs que de ses conventions narratives et de son mode de production commercial et industriel, comme une langue
échappée de son territoire d'origine et enrichie par de nouveaux locuteurs sous d'autres cieux. Ces accents, que l'on décèle dans les films
réalisés par les jeunes cinéastes au Fresnoy, leur viennent de l'intimité étroite avec les langages des arts plastiques, de la musique, de la
danse, de la photographie, de l'architecture... Pourtant, le Fresnoy entretient et célèbre aussi une véritable culture cinéphilique et, c'est
au contact de professeurs invités comme Raul Ruiz, Robert Kramer, Jean-Marie Straub et Danièle Huillet, Tsai Ming-liang, Bruno Dumont,
André S. Labarthe, Chantal Akerman ou Jean-Luc Godard, que les jeunes cinéastes du Fresnoy élaborent et réalisent leurs projets. Ainsi notre
production cinématographique parvient-elle à cumuler la spécificité et l'exigence professionnelles propres à l'art cinématographique et à ses
techniques d'une part, et l'originalité, l'indépendance, l'invention d'autre part, d'une insoumission absolue aux industries de programmes.
C'est pourquoi les films des jeunes cinéastes du Fresnoy sont accueillis et souvent primés dans de nombreux festivals, ou programmés dans
ces haut-lieux de la cinéphilie que sont les cinémathèques, comme c'est le cas aujourd'hui à la Cinémathèque québécoise, à qui nous sommes
reconnaissants de cette reconnaissance...
Au coeur de nos activités d'enseignement, de production et de diffusion, qui comportent aussi
des moyens d'expression comme la photographie, les installations, la performance..., le cinéma est également perçu au Fresnoy dans la
perspective de sa survie au-delà de ses machines historiques, caméras et projecteurs, inventées par les frères Lumière. Dans la partie de
leur cursus où nos étudiants sont fermement invités à s'emparer des moyens de création offerts par les outils informatiques et numériques,
certains d'entre eux continuent à produire des oeuvres destinées au dispositif historique de la salle obscure, avec un projecteur derrière des
spectateurs assignés à place fixe et un écran devant leurs yeux. Car on continuera d'appeler cinéma des oeuvres faisant appel à ce mode de
présentation, alors que les machines et les supports auront changé et qu'il ne sera plus possible de distinguer des images réellement saisies
sur le vif et des images manipulées, voire entièrement calculées. Le projet pédagogique, artistique et esthétique du Fresnoy a postulé, dès
le départ, sur un continuum entre toutes les images de la modernité, à partir de celles de la photographie (les premières non faites à la main)
jusqu'à celles, hyperréalistes, de l'infographie et des logiciels de création 3D.
Nous sommes heureux de présenter à la Cinémathèque
québécoise à Montréal, un panorama de dix années de création cinématographique, où le public découvrira que les films des jeunes cinéastes
du Fresnoy, sans être reconnaissables par un style particulier ou par une marque de fabrique qui leur serait propre, tous très différents les uns
des autres, ont en commun une totale liberté par rapport aux dictats des formats, des formules, des modes, des modèles et du marché.
Alain Fleischer
Directeur du Fresnoy
|