Glauber Rocha : la perplexité devant les ruines de l’Histoire
22 janvier au 14 février 2010
À vocation universelle et épique, le cinéma de Glauber Rocha met en scène, sous une forme allégorique, la réalité brésilienne, notamment celle des années 1960, dans ses dimensions politique et métaphysique. Les questions politiques et religieuses sont bien connectées, la religion populaire se révélant moins un agent asservissant qu’un facteur de prise de conscience pour la Révolution.
L’allégorie glauberienne, à mesure qu’elle convertit les agonies sociales en questions esthétiques, devient la mimesis du déchirement et des enjeux de la société brésilienne des années 1960-1970, tel que nous révèle le manifeste écrit par Rocha en 1965, intitulé Une esthétique de la faim : « Le Cinéma Novo, dont la perspective est la liberté de l’Amérique latine, est un ensemble de films en évolution qui donne au public la conscience de sa propre misère ».
Ce déchirement social exercera une influence décisive sur le style et la forme de l’œuvre de Glauber Rocha. En effet, les facteurs sociaux, bien plus qu’une matière simplement enregistrée par le réalisateur ou l’objectif d’une approche esthétique, sont les agents qui soutiennent la structure de ses films, dont le style sera, en conséquence, convulsif, discontinu et tendu. Un style qui prend des airs baroques : fusion de la sensualité tactile de la caméra avec la volonté d’abstraction de l’allégorie ; les longs plans-séquence et le montage dynamique qui alternent ; de longues périodes de silence qui se succèdent à d’autres d’une grande saturation sonore. Glauber exige de ses acteurs une démarche théâtrale, dramatique, lente, en contraste avec l’agilité et la fébrilité de la caméra de telle façon qu’il crée, paradoxalement, une atmosphère mythique tout en préservant sa vision politique. Le mythe, l’histoire, la politique et la métaphysique occupent le même espace.
Le cinéma de Glauber Rocha représente la nation de manière épique : une épopée politique et métaphysique. Ce sont des films allégoriques qui ne nous suggèrent aucune conclusion, raison pour laquelle on a, de son œuvre, une impression inachevée, aspect qui est d’autant plus accentué en raison des questions que se posait le réalisateur quant aux perspectives d’une révolution au Brésil.
Les incertitudes qui marquaient le contexte politique brésilien de l’époque contribuent également à souligner cette idée d’inachèvement. De son côté, Glauber Rocha cherchait à associer le sens religieux à la conscience révolutionnaire, le mythe et l’histoire. L’allégorie glauberienne ne nous propose aucune synthèse consolatrice, mais nous révèle plutôt sa perplexité devant les ruines de l’histoire du Brésil. Sa vision est préapocalyptique et nous traduit ce moment charnière qui pousse l’homme à se décider. La faiblesse et les esprits indécis sont honnis par le réalisateur. En reniant le rôle didactique de l’art, Glauber choisit la perplexité.
José Carlos Junior
En collaboration avec
Consulat général du Brésil à Montréal



Remerciements
José Carlos Junior,
Monique Faulhaber (Cinémathèque française),
Vivian Malusá (Cinemateca Brasileira),
Washington Pereira-de-Sousa (Consulat général du Brésil),
Paloma Rocha (Tempo Glauber)