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Kuchar
George et Mike
Kuchar
MARGINAUX DE L'UNDERGROUND


Du 21 novembre au 22 décembre



Les films de George et Mike Kuchar furent ma première inspiration. Hold Me While I’m Naked, de George, et Sins of the Fleshapoids, de Mike, furent des filmsclés dans ma jeunesse, m’influençant davantage que Warhol, Kenneth Anger ou même que le Wizard of Oz. En tant qu’adolescent de Baltimore au milieu des années 1960, j’ai d’abord entendu parler de ces frères cinéastes du Bronx dans la chronique « Movie Journal » que publiait Jonas Mekas dans le Village Voice. Voici des réalisateurs que je pouvais admirer, complètement cinglés, sans une once de prétention, marginaux même de l’underground, qui pouvaient tourner les films de leur choix sans argent, uniquement avec leurs amis. En dévorant ma revue de cinéma préférée, Film Culture, j’en ai appris beaucoup plus sur l’originalité de leur travail : leurs répliques corsées, leurs déesses cinématographiques maison, leurs costumes grotesques de magasin de pacotille, c’en était assez pour que je me précipite à New York pour voir une de leurs oeuvres. a Eh bien ! Je n’ai pas été déçu. Tout était là à l’écran — le célèbre éclairage Douglas Sirk bon marché des frères Kuchar, la bande sonore mélo volée au mauvais cinéma hollywoodien, la nudité masculine et féminine — même un gros plan d’un étron. Une vision si particulière, si drôle, si bonhomme et fièrement pitoyable, que j’ai compris (aidé d’un peu de LSD) que je pouvais, moi aussi, faire les films dont je rêvais. Les frères Kuchar m’ont donné l’assurance pour croire au mauvais goût de mes propres visions. Je suis retourné à Baltimore, rebaptisai « Divine » un de mes amis du voisinage et tournai ma première épopée trash, The Roman Candles. a Dans sa vie privée, George Kuchar a transformé son piètre amour-propre en une sorte de médaille d’honneur. Il se préoccupe de pouvoir sentir mauvais lorsqu’il est en montage. Il écrit sur le triste état de sa peau et sur sa constipation chronique qui semble une métaphore cinématographique. Il se décrit même aujourd’hui comme « toujours célibataire » mais « accompagné d’un vent intestinal ravageur ». a Mais en tant que réalisateur et enseignant, George fait preuve de plus d’assurance. Il brise toutes les règles de la rectitude cinématographique en disant aux acteurs exactement la manière dont ils doivent jouer leur rôle et même en leur montrant comment. Il suggère aux autres réalisateurs de ne jamais faire d’auditions — « si vous aimez leur apparence, utilisez-les ». Et si un comédien a de la difficulté à exprimer une émotion, George a une solution radicale : « changez le dessin de ses sourcils à chaque scène ». Si j’avais eu un tel professeur à l’école de cinéma, peut-être ne me serais-je pas fait foutre à la porte si vite. a Mike Kuchar aurait pu être mon mentor de plus de manières que je puisse l’imaginer : lui aussi utilise d’énormes vedettes (qui font près de 300 livres) et fut profondément influencé par le sens de la mode de Bozo le clown (dont j’ai toujours dit qu’il avait influencé l’apparence initiale de Divine). Mike donne l’impression d’être le collégien fou d’audiovisuel par excellence — le jeune bizarre au projecteur qui finit par être plus à la page et talentueux qu’il ne le pensait. Voici un réalisateur qui admet créer ses propres « objets sexuels » (les plans de fesses sont sa spécialité) et qui tombe amoureux de ses créations cinématographiques dans sa vie privée. Les autres réalisateurs se rappellent avec émotion et sans ironie comment il était reconnaissant pour une petite bourse mensuelle de 40 $ reçue plus tôt dans sa carrière. Mike a dû se faire engager comme projectionniste grincheux ou caméraman sûr de lui dans plus d’un film d’autrui afin de joindre les deux bouts, mais il n’hésite pas à argumenter avec un réalisateur qui ne veut pas que ses propres films soient financés « par l’argent des autres ». a Les vrais beaux jours du « cinéma underground » n’ont pas duré longtemps dans les années 1960 mais les jumeaux Kuchar se sont arrangés pour subsister en conservant intacts leur sens de l’humour et leur style original. Ils n’ont jamais voulu passer la main. Ils continuent à tourner chaque jour de leur vie des films et des vidéos follement optimistes, sexy et drôles, et personne ne leur dit quoi faire ou comment tourner quelque chose de plus « commercial ». Les Kuchar sont peut-être les seuls vrais cinéastes underground encore en activité aux États-Unis.

John Waters
Cinéaste
(Traduit de l’anglais par Pierre Véronneau)


John Waters est réalisateur, scénariste et comédien. Il a écrit ce texte en introduction de l’ouvrage des frères Kuchar Reflections from a Cinematic Cesspool (1997).

PROGRAMME

Bird, Bath and Beyond 25 novembre, 19 h
Electrocute Your Stars 22 novembre, 20 h 30
George Kuchar : Trash Mélos (I) 22 novembre, 20 h 30
George Kuchar : Trash Mélos (II) 23 novembre, 16 h
George Kuchar : Trash Mélos (III) 24 novembre, 21 h
George Kuchar en vidéo (I) 30 novembre, 19 h
George Kuchar en vidéo (II) 15 décembre, 19 h
George Kuchar en vidéo (III) 22 décembre, 19 h
Hollybronx : Collaborations 8 mm (I) 21 novembre, 20 h 30
Hollybronx : Collaborations 8 mm (II) 22 novembre, 18 h 30
Mike Kuchar : Camp et Cie (I) 25 novembre, 19 h
Mike Kuchar : Camp et Cie (II) 28 novembre, 20 h 30
Mike Kuchar en vidéo 7 décembre, 19 h





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