From February, 17th 2018 to February, 18th 2018

La Trilogie de l'enfance de Bill Douglas

Jamais présentée depuis 25 ans à Montréal, voici la magnifique Trilogie de l’enfance du cinéaste écossais Bill Douglas (1934-1991). Reconnu désormais comme l'un des plus importants auteurs du Royaume-Uni, découvrons son œuvre exceptionnelle. À la fois écru et d’une grande sensibilité plastique, le cinéma biographique de Douglas est aussi celui du passage à l’âge adulte d’un adolescent homosexuel dans la ruralité écossaise de l’après seconde guerre mondiale.

«[…] Une des plus belles choses qu’on puisse voir sur un écran

Bill Douglas puise dans ses souvenirs de petit garçon livré à lui-même dans une petite ville minière d’Ecosse au lendemain de la guerre. Vivant dans une misère noire avec son frère aîné et leur vieille grand-mère, Jamie (double fictionnel de Bill Douglas), âgé de huit ans, est dans une recherche désespéré d’amour et d’affection, qu’il trouve auprès d’un prisonnier de guerre allemand qui travaille dans les champs mais l’abandonnera à son tour, après ses vrais parents.

 Dans le deuxième film, la grand-mère maternelle meurt et les deux enfants se retrouvent à l’orphelinat, puis chez leur grand-mère paternelle, une femme cruelle et sans aucune tendresse pour le petit Jamie. Dans le troisième film Jamie est un adolescent, puis un jeune homme. Toujours solitaire et malheureux, il se lie d’amitié avec un autre garçon à l’occasion de son service militaire effectué dans le désert égyptien, et parvient enfin à s’extraire, petit à petit, de sa carapace de tristesse. Pour commencer à vivre, et pas seulement survivre.

On devine que tout est vrai – ou presque – dans ce que raconte Bill Douglas, qui a exorcisé ses pénibles débuts dans l’existence, abandonné par sa mère, maltraité par ses tuteurs, dans un univers hostile et dur où la vie d’un enfant ne vaut guère mieux que celle d’un chien.

Douglas filme avec la même précision les moments les plus tragiques de son enfance, les traumatismes fondateurs, et les détails insignifiants arrachés à l’oubli. Son évocation de son enfance, sans rien masquer de la misère qui l’a vu naître, passe par un étonnant travail de stylisation, loin du réalisme ou du documentaire. Bill Douglas enfant se réfugiait dès qu’il le pouvait dans les salles obscures pour échapper quelques heures à sa terrible condition et rêver devant les films en Technicolor. Au tout début de My Ain Folk il y a ce plan saisissant, parce que très bref et totalement inattendu, d’un extrait en couleur d’un film avec le chien Lassie que Jamie est en train de voir au cinéma, alors que la trilogie est tournée en noir et blanc. C’est donc par le prisme du cinéma (et aussi de la littérature, références à Dickens obligent), ses effets et ses artifices, que Douglas revit son enfance. Avec le noir et blanc, la composition des plans, souvent fixes, brefs et cadrés avec minutie, Bill Douglas élabore une esthétique très particulière qui retrouve la pureté des chefs-d’œuvre du muet sans vraiment les imiter, notamment en ce qui concerne l’utilisation parcimonieuse du son et des dialogues. Du vrai, et du très beau cinéma de poésie. » (Olivier Père, 2016)

 

 

 

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