June, 30th 2016

Long time

Salle Raoul-Barré

SECRETS ET ILLUSIONS - LA MAGIE DES EFFETS SPÉCIAUX

Nouvelle exposition permanente. ENTRÉE LIBRE.
De mardi à vendredi, de 12h à 18h et samedi et dimanche de 13h à 18h.

Dès sa première présentation publique, le Cinématographe, puis le cinéma, a été associé à la notion de spectaculaire. [1] Tout au long de son histoire, il a déployé une multitude de mécanismes et de techniques afin d’émerveiller son public.

Mais avant même de séduire le spectateur à l’aide de divers moyens, l’image animée était déjà un objet de fascination. Qu’il s’agisse des vues des frères Lumière, des bandes d’actualités reconstituées de Thomas Edison ou des fantasmagories de George Méliès, le pouvoir photogénique de l’image réside dans cette qualité propre à la photographie de dédoubler le réel. Fixé sur pellicule, le réel est immédiatement transcendé, il acquiert de nouvelles propriétés, il est magique. Ce qui était banal devient unique, fantastique, spécial.

Les créateurs se sont rapidement saisis de ce paradoxe pour transformer le Cinématographe en cinéma. Ils ont créé un langage et des techniques puisant directement dans ce jeu entre la réalité et notre perception de celle-ci. Ils ont mis en place une nouvelle réalité purement cinématographique : changements d’échelles de plan, surimpressions, fondus, montage, arrêts de caméra, trucages… De la magie de l’image, ils ont investi le champ de la magie dans l’image.

La pratique des effets spéciaux s’inscrit directement dans la création de cette réalité proprement filmique. D’une part, elle permet aux créateurs de plier le réel à leurs exigences, besoins et contraintes; qu’ils soient d’ordre temporel, physique, géographique, spatial ou esthétique. Par exemple, il est possible de modifier la taille d’un lieu ou bien de recréer des situations dangereuses (explosions, etc.). D’autre part, elle rend possible l’impossible : la création de situations, de mondes ou de créatures qui n’existent pas dans la réalité. C’est le cas des nombreux monstres qui peuplent les genres de la science-fiction et de l’horreur.

Mais en quoi un effet est-il spécial ? C’est une grossière évidence de dire que pour que le « spécial » existe, il doit y avoir quelque chose de banal auquel le comparer. [2] L’effet spécial est de l’ordre de l’illusion, du faux-semblant. Il fait partie d’un tout, le film, et ne peut exister qu’en relation avec chacune des parties de ce dernier au risque de subir la condamnation péjorative de « film à effets ». Qu’il soit visible ou invisible, il est spécial puisqu’entièrement construit et factice. 

C’est pourquoi l’utilisation du terme « effet spécial » pose souvent problème. [3] D’une part, il existe un flou dans l’imaginaire populaire qui nous amène à utiliser ce terme afin de désigner à la fois tout et son contraire. Il n’est pas rare de trouver, dans les listes consacrées au sujet, des éléments ne constituant pas, à proprement parler, des effets spéciaux : décors, costumes, accessoires, etc. D’autre part, l’effet spécial est souvent défini par les techniques qu’il désigne plutôt que par ses attributs spécifiques. Cela est particulièrement problématique, car les techniques sont constamment changeantes et dans certains cas des effets considérés comme spéciaux à une époque ne le sont plus par la suite (pensons par exemple à des effets optiques tels que le fondu enchaîné ou le ralenti qui sont aujourd’hui presque uniquement considérés sous l’angle de la grammaire cinématographique et qui à force d’utilisation ont perdu de leur aspect spectaculaire).

Par conséquent, en imposant de nouveaux modes de filmage et de montage, les effets spéciaux ont également modifié l’esthétique cinématographique. L’art du montage d’une scène à effets consiste entre autre à trouver un équilibre entre le vrai et le faux permettant d’apprécier la virtuosité du metteur en scène ou de l’effet en lui-même. L’effet spécial sert le même but de sidération, d’amusement, d’incrédulité, de plaisir qu’à l’époque de Méliès tout en repoussant constamment les limites du possible et de l’artifice. Tel le baron Frankenstein, le cinéaste morcelle l’action (plans et effets spéciaux) et l’assemble par le montage (transitions, effets, mise en scène) afin soit de tromper le spectateur, soit de l’épater par les prouesses techniques accomplies. Tel un prestidigitateur, il doit songer aux moyens qu’il utilisera pour diriger le regard du spectateur et  détourner son attention afin de rendre le truc plus efficace et crédible (éclairage, présence d’autres objets ou personnes dans le champ, utilisation du son pour suggérer plus que ce qui est montré, etc.). Pour qu’un effet soit réussi, il doit être filmé puis monté de la bonne manière. Le cinéaste joue constamment avec les attentes et les perceptions du spectateur et la force d’un effet spécial réside dans ce pouvoir de séduction et d’illusion.

L’histoire des effets spéciaux est donc intimement liée à l’histoire du cinéma. Ceux-ci contribuent à l’illusion et renforcent le caractère magique de l’art cinématographique. Ils questionnent l’essence même du cinéma. Ils nous remémorent que ce que nous avons devant les yeux n’est qu’une image du réel. Comprendre la nature des effets spéciaux (son esthétique, sa technologie, son public), c’est par extension saisir un peu mieux ce qui fait la puissance et la singularité de l’art cinématographique, son pouvoir magique d’attraction.

Éric Falardeau, commissaire invité


[1] Selon le Larousse : « qui frappe la vue, provoque l’étonnement par quelque aspect exceptionnel. »

[2] D’ailleurs, c’est pourquoi nous exclurons de notre sujet les films d’animation ou les jeux-vidéos. Dans ces cas précis, la technique n’est pas utilisée comme un effet spécial, c’est-à-dire de manière ponctuelle. Elle est plutôt un dispositif esthétique.

[3] Le terme « effet spécial » est apparu pour la première fois en 1926 au générique du film What Price Glory de Raoul Walsh. Auparavant, les termes truc et trucage étaient employés. HAMUS-VALLÉE, Réjane, Les effets spéciaux, Paris, Cahiers du cinéma/Les petits cahiers, 2004, page 5.

Les effets spéciaux défient l’impossible : repoussant toujours les limites de la technologie, ils révèlent le foisonnement infini de l’imaginaire humain. Ils ajoutent à l’illusion, renforcent le pouvoir d’attraction des images en mouvement et réinventent la réalité!  Découvrez enfin les secrets et illusions qui font naitre depuis plus d’un siècle la magie des images en mouvement.

L’exposition est divisée en trois zones :

L’HISTOIRE DES EFFETS SPÉCIAUX

L’histoire des effets spéciaux est intimement liée à celle du cinéma. Chacun à leur manière, les artisans de l’illusion ont su mettre à profit l’héritage des prédécesseurs tout en initiant de nouvelles façons de faire. Reconnus ou méconnus, ils insufflent aux images en mouvement ce génie artistique et technologique qui, à l’écran, se transforme en pure magie. De Georges Mélies à Alexandre Ptouchko en passant par Thomas Edison, Ray Harryhausen et plusieurs autres, découvrez les créations de ceux qui ont imaginé des effets spéciaux toujours plus audacieux et inventifs. 

LA VOLONTÉ DE CRÉER ET DE SIMULER

Pourquoi réaliser des effets spéciaux? Pour captiver, émerveiller, en mettre plein la vue et faire du cinéma un véritable spectacle! Ces illusions sont imperceptibles et de nos jours presque tous les films en comportent (effacement d’objets indésirables, légères modifications au décor…) Que les effets spéciaux soient présents pour créer le spectacle ou tout simplement pour sublimer une image, le spectateur se trouve au final littéralement envouté quand opère la magie des images en mouvement.

L’ABC DES PROCÉDÉS TECHNIQUES

Chaque technique apporte une réponse à la question suivante : comment passer du scénario à l’écran? La peinture sur verre, les décors virtuels, l’animation 3D ou le maquillage sont autant de techniques utilisées pour captiver le spectateur. Les images en mouvement reposent sur une illusion d’optique, c’est ainsi que les effets spéciaux réussissent à nous transporter dans leur univers. L’exposition vous fera  découvrir les trois grandes catégories en matière d’effets spéciaux, soit les effets d’optiques, les effets mécaniques et physiques et également les effets numériques.

REPÈRES BIBLIOGRAPHIQUES

Une vidéo de Réalisations.net sur le montage des bornes interactives :
http://vimeo.com/64838656

 

Avec la participation de :

         

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