Le Samedi 24 Juin 2017

Temporaire

Du 15 Avril 2013 au 26 Mai 2013  /  Foyer Luce-Guilbeault

Le Cinématographe No 16

Il y a 117 ans, en juin 1896, l’appareil que vous contemplez a projeté les premières images de cinéma au Canada. Avec cet appareil, nous commençons une série d’expositions qui va nous permettre, tout au long de l’année de notre 50e anniversaire, de dévoiler quelques-uns des joyaux de notre collection d’artefacts et de documents que nous avons rarement l’occasion de montrer au public.

Le Cinématographe

Le Cinématographe avait été inventé quelques mois plus tôt. En fait, le brevet date du 13 février 1895. Ses géniteurs sont les frères Louis et Auguste Lumière, deux industriels lyonnais dont le père Antoine avait fait fortune dans la production de pellicules photographiques. La particularité de cet appareil, révolutionnaire à l’époque, était qu’il pouvait à la fois servir de caméra, pour les prises de vues, de banc de développement pour la pellicule et de machine de projection publique.

Le défilement est assuré par le projectionniste qui actionne une manivelle à l’arrière du dispositif. Le Cinématographe des Lumière utilise la même pellicule perforée que celle du Kinétoscope de Thomas Edison, une machine de visionnement individuel de photographies animées inventée et commercialisée par le célèbre inventeur américain dès 1894. La largeur de cette pellicule est déjà de 35 mm. Cela demeure un standard qui a traversé le temps, malgré l’apparition d’autres formats au cours du XXe siècle. Il est devenu, de fait, l’un des produits industriels ayant connu la vie la plus longue avant qu’il ne soit progressivement supplanté par la suprématie du tournage et de la projection numériques à l’aube du XXIe siècle.

Une autre singularité du Cinématographe réside dans le mécanisme d’entraînement dit « intermittent » de la pellicule. Celui-ci, en immobilisant chacune des images une fraction de seconde devant la source lumineuse, donne à leur projection une fluidité dans la reconstitution du mouvement qui fit le succès de l’invention des frères Lumière.

Des photographies animées sur le Boulevard St-Laurent

Nous sommes à la fin du XIXe siècle, en plein boom industriel. Lorsque le Cinématographe apparaît, en 1895, il n’est qu’une des multiples machines à l’origine de ce qu’il est convenu d’appeler le cinéma. Le succès du Cinématographe tient à son caractère hybride alliant une caméra et un projecteur, mais aussi, au fait qu’il projette non plus des dessins animés (comme le faisait le Théâtre optique d’Émile Reynaud) mais de véritables photographies et, également, qu’il est le premier appareil de projection publique facilement transportable.

Cette mobilité du Cinématographe est rapidement utilisée par les Lumière dans une campagne de diffusion de leur invention à travers le monde. Ils envoient des opérateurs qui font des démonstrations publiques du Cinématographe, notamment dans les Amériques,

quelques mois à peine après la première projection publique du Grand Café, le 28 décembre 1895, à Paris. 

Le 15 juin 1896, les opérateurs Louis Minier et Louis Pupier débarquent à Montréal, douze jours avant leur première projection. Ils trouvent leur salle au Théâtre Palace, située au troisième étage du 78, boulevard St-Laurent, aujourd‘hui le 974, à l’angle de la rue Viger. Les préparatifs durent deux semaines. Les envoyés de la compagnie Lumière établissent des contacts avec politiciens, clergé, journalistes et hommes d’affaires afin d’assoir la diffusion de la récente invention.

Laissons parler un journaliste de La Presse de Montréal, qui assiste à cette première projection en sol canadien, le 27 juin 1896. «  Dire que samedi soir a eu lieu, au 78 de la rue St-Laurent, […] l’inauguration du cinématographe de M. Lumière de Lyon, c’est annoncer en termes bien peu enthousiastes, une grande chose, un événement des plus intéressants. On est arrivé à rendre la photographie animée. Cette merveilleuse découverte, fruit de savantes expériences, de patientes recherches, est une des plus étonnantes de notre siècle pourtant si fécond en surprises, en victoires sur les mystères de l’électricité.  Nous avons eu le télégraphe, puis le téléphone, puis le kinétoscope d’Edison, et, maintenant, nous sommes arrivés au cinématographe. Où s’arrêtera-t-on? ». (La Presse, 29 juin 1896)

Pendant plus d’un an, Minier et Pupier non seulement présentent leur Cinématographe aux Montréalais, mais également sillonnent le Québec et l’Ontario, en alternant les présentations publiques et les projections devant les élites politiques et religieuses locales. Dès l’origine, on note un réel engouement populaire pour le spectacle des vues animées au Québec. Les représentations montréalaises durent deux mois. Le passage de Minier et Pupier suscite des vocations et marque par le fait même l’éclosion d’une production cinématographique locale.

Le Cinématographe No 16

Minier et Pupier vont rester au Québec jusqu’à l’automne 1897. Ensuite, on perd la trace de leur appareil. On a longtemps cru à sa disparition.

Or, l’histoire est toute autre. Il est probable qu’avant de retourner en Europe, les opérateurs français ont vendu le Cinématographe numéro 16 au député ontarien William Stubbs, qui l’avait acheté pour divertir sa famille. En 1995, hasard de l’histoire, André Gladu croit avoir retrouvé la trace d’un Cinématographe Lumière lors des recherches préalables au tournage de son film La Conquêtedu grand écran (1996). L’historien-conseil du film, Pierre Véronneau, alors conservateur de la collection d’appareils à la Cinémathèque québécoise,  se rend rapidement à Aylmer, chez le petit-fils de William Stubbs, James Nicholson, afin d’expertiser l’appareil. La découverte le stupéfait : il vient de retrouver le Cinématographe numéro 16. Il lui manque deux magasins de films, des objectifs. Ce numéro 16 ne peut être utilisé

pour la prise de vues, les composantes du dispositif ne permettant que la projection.

Il confie d’ailleurs à Odile Tremblay dans les pages du quotidien Le Devoir, le 23 décembre 1995 : « Le Cinématographe aurait pu être vendu depuis longtemps à un antiquaire, brûlé, brisé par les enfants, à travers les trois générations qui l’ont préservé.»

L’acquisition de cet important objet de notre patrimoine par la Cinémathèque québécoise fut rendue possible grâce à la générosité du mécène René Malo.

Fabrice Montal

Directeur de la programmation

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