Du Mardi 29 Novembre 2016 au Jeudi 01 Décembre 2016

Kamal Aljafari

Rétrospective Kamal Aljafari
Cinémathèque québécoise

Regards palestiniens – 10e édition. Présenté en collaboration avec la revue Hors champ
29 novembre – 2 décembre

« Il est difficile de se souvenir. Il faut s’asseoir et regarder, fixer. »

Voici ce que Kamal Aljafari répondit quand Nathalie Handal lui demanda dans un entretien publié par Guernica ce que voudrait dire, pour lui, « voir profondément ». Regarder longuement, pour se rappeler : peut-être est-ce ce geste qui résume tout son cinéma. Le temps de deux courts (Visit Iraq et Balconies) et de trois longs métrages (The Roof, Port of Memory et Recollection), Aljafari braque ces instruments audio-visuels sur les résidus et les ruines. Regarder longuement pour révéler l’invisible. Fixer les traces pour faire surgir les fantômes.

Cette rétrospective que nous lui consacrons permet de suivre ce regard qui s’obstine à se remémorer à partir d’un lieu où la mémoire est heurtée, disloquée, toujours déjà déplacée. Kamal Aljafari est né à Ramlah, a grandi à Jaffa, a étudié à Jérusalem puis à Cologne et habite maintenant Berlin, mais c’est le cinéma qui est son pays. Ses films sont autant de brèches qui creusent l’espace de la mémoire dans le présent d’un lieu qui s’actualise sous nos yeux. Un cinéma fait à partir d’un lieu, pour retourner au lieu. Aljafari pose la disparition comme possibilité, voire comme condition nécessaire à la réémergence d’un lieu, d’une personne, d’une mémoire qui n’est plus. C’est une réapparition dans l’espace cinématographique qui ne s’accomplit que grâce à ce geste filmique, celui de regarder obstinément. Faire alors ce qui n’est possible qu’au cinéma : reconstruire, comme dans Recollection, l’image de Jaffa, la ville de son enfance disparue.

Il y a ce regard. Et il y a aussi ce silence, qui est son corolaire. Celui du lieu après la catastrophe. Mais c’est surtout un silence particulier, qui irradie de toute l’œuvre d’Aljafari. Le calme du quotidien, des gestes minutieux et des détails. Le calme d’une caméra qui prend le temps de regarder, longuement, silencieusement. Le silence, c’est celui de la suspension du présent de Jaffa, Ramlah et Jérusalem, entre le passé et le futur. Ce ne sont point des villes qui s’inscrivent dans une chronologie. Leurs images se logent difficilement entre souvenir et mémoire. Les films qui en résultent sont suspendus à la lisière du temps.Le silence, c’est celui de l’attente dans la maison sans toit de The Roof mais dont la porte est toujours déverrouillée. Parce qu’on veut toujours partir. Parce qu’on veut toujours revenir.

Et enfin il y a la mer. Celle de Jaffa, celle de Ramlah et celle, absente, de Jérusalem. C’est ce qui a fait qu’ils sont restés, là, à l’intérieur. Voilà, la mer c’est le mouvement infini et incontrôlable. Parce qu’on ne veut pas toujours rester. Et que la mer prend le dessus. Lieu de mystère. Et que le cinéma est le secret enfoui au fond de cette mer, même, unique, multiple, partout à la fois.

(Nour Ouayda, octobre 2016)

En vue de cette rétrospective,nous proposons également une rencontre (en anglais) autour du thème: "Mémoires déplacées et politiques de l'espace", entre le cinéaste Kamal Al Jafari et le professeur Peter Limbrick (Film & Digital Media, UC Santa Cruz), le 28 novembre  à 16h, au Morrice Hall, TNC Theatre, local 017, McGill University

En collaboration avec :



 

Kamal Aljafari - Retrospective
Cinémathèque québécoise
 
Palestinian perspective – 10th edition.
Presented in collaboration with Hors champ
November 29th – 1st december

« You cannot remember quickly. You need to sit and stare. »

This was Kamal Aljafari’s response to a question posed by Nathalie Handal, asked  in an interview published by Guernica, about what it would mean to“see in depth”. To sit and stare, to remember: these simple acts summarize his cinematic practice. In all his work, which comprises two short films (Visit Iraq and Balconies) and three feature films (The Roof, Port of Memory and Recollection), Aljafari directs his filmic gaze on remains and ruins. To stare, for a long time, to reveal what is hidden. Staring at traces so that ghosts may appear. This retrospective allows us to follow that gaze that strives to remember in a place where memory is broken, dislocated, always already displaced.

Kamal Aljafari was born in Ramlah, and grew up in Jaffa; he studied in Jerusalem and Köln before moving to Berlin, but cinema has always remained his country.  His films work like breaches that create a space for memory in the present. In the present a place suddenly becomes what it is, before our eyes. He employs a cinema of place, to return to this place. Aljafari understands that disappearance is a possibility, perhaps even a necessary condition for the re-emergence of a place, a person, a memory that is absent. It is a filmic reawakening of space that occurs through this basic act of filming: to stare, obstinately. And thus do what only cinema can do: reconstruct, as Recollection does, the image of Jaffa, the lost city of his childhood.   

There is the gaze. There is also silence, its corollary. The silence of  a place in the aftermath of catastrophe. But it is also a specific type of silence that radiates from all of Aljafari’s work. The calm sound of daily chores, of small gestures, an attention to detail. The calm with which a camera takes the time to look, obstinately, silently. This silence, is the suspended present of Jaffa, Ramlah, Jerusalem, between past and future. These cities are not inscribed in chronological time. Their image struggles to find a place between remembrance and memory. In his films they  appear suspended, on the edge of time. This silence is the time of waiting in the roofless house in The Roof––a house whose door remains unlocked. Because one always wants to leave. Because one always wants to return.

And finally there is the sea. Of Jaffa, Ramlah, the absent sea of Jerusalem–– it’s what made them stay, there, inside. There, the sea with its infinite and uncontrollable flow. Because it’s not possible to remain, always; the sea takes over. Place of mystery. And cinema is maybe the secret buried deep under this sea, same, unique, multiple, all at the same time.

(Nour Ouayda, october 2016)

In the build-up to this event,filmmaker Kamal Aljafari will be discussing"Displaced Memory and the Politics of Space" with Prof. Peter Limbrick, Film & Digital Media, UC Santa Cruz, Nov. 28 at 4pm in Morrice Hall, TNC Theatre, Room 017McGill University.

In collaboration with:


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