Du Mercredi 25 Mars 2015 au Samedi 28 Mars 2015

Une télévision allumée : les arts dans le noir et blanc du tube cathodique (FIFA 2015)

Colloque international présenté dans le cadre du Festival International du Film sur l’Art.
Sous la direction de André Gaudreault (Université de Montréal) et Viva Paci (Université du Québec à Montréal).

Dès sa création en 1951, Les cahiers du cinéma consacrent plusieurs pages à un autre médium, émergeant, la télévision. Le mensuel, d’ailleurs sous-titré jusqu’au numéro 49 « revue du cinéma et du télécinéma », accueillait à chaque livraison certaines figures de proue du milieu télévisuel, dont le réalisateur et producteur d’émissions télévisuelles Pierre Viallet. Dans son article intitulé « Télévision. Portrait d’une machine » (no 3, juin 1951), ce dernier souli-gnait entre autres la nécessité de disposer d'un catalogue vaste et diversifié, car le « monstre [avait] faim ». Ainsi, pour pallier les lacunes des grilles de programmation des premières années, des rediffusions d'émissions enre-gistrées vinrent s'adjoindre à celles diffusées en direct. Le domaine des arts est rapidement devenu une nourriture de choix pour combler l’appétit du monstre. En effet, que ce soit pour des captations en direct d’événements et d’oeuvres artistiques ou pour inspirer de nouvelles formes de présentation, la télévision s'est tout de suite tournée vers le monde des arts. Qui plus est, dans les discours qui accompagnent la « boîte à images » depuis ses débuts, les arts ont toujours occupé une place considérable, distincte de celle occupée par les émissions d'information ou de divertissement.

En 1952, l’émission « Visite au Musée Rodin » enthousiasme André Bazin, en particulier pour ses travelings émouvants effleurant la surface des statues. Pour lui, les matières de l'expression du nouveau média que sont « les cadrages tâtonnants, l'éclairage simple et brutal des projecteurs, les légères hésitations du montage […] font participer [le spectateur] à la création de l'émission » (« Un reportage sur l’éternité : la visite au Musée Rodin », Radio-Cinéma-Télévision, 16 novembre1952). Par le truchement du médium télévisuel, une partie de l'« esprit » régnant dans l'atelier du sculpteur serait ainsi véhiculée par les images. Cette conception de la télévision comme outil servant à la transmission des arts avait alimenté les réflexions sur le médium dès la période expérimentale des années 1930. Ainsi, Gerald Cock, premier directeur de la division télé à la BBC et ardent défenseur de la mission sociale du jeune médium, se prenait à rêver de la manière dont le théâtre aurait pu y trouver une scène nouvelle, qui assurerait l'avenir de la dramaturgie (« Looking Forward, A Personal Forecast of the Future of Television », Radio Times, Londres, 29 octobre 1936).
Une conception sociale de la télévision comme moyen d’émancipation culturelle des peuples s’est ainsi développée, jusqu’à occuper une place importante dans les discours abordant l’évolution de l’humanité au XXe siècle, au sein desquels l’homme était constamment confronté aux machines (audiovisuelles ou non). Si nous acceptons aujourd’hui l'oxymoron « humanités numériques », nous pourrions peut-être, dans une vision historicisée, proposer d’en faire remonter l’idée jusqu’au milieu du siècle dernier, et parler alors des « humanités catho-diques ». Certes, le cinéma avait déjà ouvert la voie pour la représentation des arts à l’écran, que la télévision allait reprendre et développer à son tour. Cependant, plusieurs enjeux propres au médium télévisuel allaient véritablement redéfinir ce processus d’appro-priation culturelle des arts, en particulier le fait que l’appareil se trouve au coeur de l’espace domestique, qu’il s’immisce dans le quotidien du spectateur, encourageant ainsi un rapport personnel, presqu’intime, avec les images qui défilent devant lui.

L’une des voies pour la télévision a donc été d’agir comme un lieu d’information pour le téléspectateur, entre autres sur le domaine des arts. Mais une autre voie d’expérimentation s’est également dessinée, qui consistait non seulement à se « réapproprier » les arts, mais à proposer des créations proprement télévisuelles. La chaîne ARTE, par exemple, ne tient pas son nom d’une simple stratégie de marketing, mais bien de son aspiration, toujours actuelle, à créer des contenus artistiques inédits, capables d’ouvrir de nouveaux espaces d’interprétation et, peutêtre, d’attirer de nouveaux publics vers les arts traditionnels. Les arts de la scène, les arts plastiques et la musique ont jadis dessiné les lieux d'une télévision créative. Dans un même temps, en examinant la place qu’occupait la représentation des arts à la télévision, nous pouvons dessiner les grandes lignes d'une contre-histoire de la télévision, de celle-là même qui, peut-être, avait des affinités ontologiques avec le cinéma impur de Bazin :une télévision pure...

Ce colloque international souhaite réunir des spécialistes des études télévisuelles, ainsi que des historiens des médias, afin qu'ils proposent des études de cas sur les productions télévisuelles mythiques ou oubliées, passées à la trappe de l’histoire ou demeurées vivantes dans les pages des commentateurs (voir par l'intermédiaire des incursions que la télévision propose aujourd'hui dans ses propres archives). Ce colloque aux aspirations intermédiales encourage la rencontre de perspectives multiples et complémentaires (études télévisuelles, études cinématographiques, archéologie des médias, etc.), capables de proposer une réflexion inédite sur ces phénomènes historiques rarement abordés dans le cadre des études sur la télévision.

Dans le cadre de ce colloque, nous nous intéresserons à la première époque de la télévision, que nous proposons d’identifier ici comme celle du noir et blanc (sachant bien que dans la mesure où la standardisation de la télévision en couleur suit une histoire propre et différente pour chaque service de télévision nationale, les balises temporelles cadrant la période à l'étude dans ce colloque ne sont pas fixes). Cette période d’émergence et d’institutionnalisation, caractérisée par une grande liberté d’expérimentation, orientera les réflexions autour de ce nouveau paradigme culturel qu’était la télévision.

Analyses d’œuvres, de parcours d'auteurs, de discours critiques, de politiques institutionnelles, de contextes technologiques et d'études des publics dans la presse spécialisée, portant sur des productions télévisuelles présentant les arts durant la première époque de la télévision, nous occuperont durant ces journées de colloque qui s'annoncent remplies de découvertes !

André Gaudreault, Viva Paci, avec la collaboration de Nicolas Dulac et Kim Décarie

Pour accéder au programme du colloque : 

http://grafics.ca/wp-content/uploads/2015/02/programme-colloque-TV_03-03-2015.pdf

CONFÉRENCIERS INVITÉS :

Deirdre BOYLE (New School for Public Engagement, NY)

Gilles DELAVAUD (Université Paris 8)

François JOST (Université Paris 3)

Gilles MOUËLLIC (Université Rennes 2)

William URICCHIO (Massachusetts Institute of Technology)

Thomas ELSAESSER (Universiteit van Amsterdam)

COMITÉ SCIENTIFIQUE :
Marta BONI (Université Lyon 3/Università di Bologna)
André GAUDREAULT (Université de Montréal)
Roxane HAMERY (Université Rennes 2)
Martin L’ABBÉ (Université du Québec à Montréal)
Janine MARCHESSAULT (York University)
Charles O’BRIEN (Carleton University)
Viva PACI (Université du Québec à Montréal)
Yves PICARD (Cégep André-Laurendeau)

APPEL À COMMUNICATION :
Date limite pour soumettre une proposition de communication (en français ou en anglais) à l’aide du FORMULAIRE PDF: 1er mai 2014
Prière de faire parvenir votre formulaire à l’adresse suivante : television@histart.umontreal.ca

En collaboration avec :

Cycles

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