Il m’est souvent difficile de définir la forme concrète que me renvoie mon corps physique. Comme bien des gens, et quoique j’y porte une attention parfois démesurée, j’éprouve une difficulté certaine à nommer mon corps. L’expression de mes émotions impose une certaine perception physique que j’ai de moi-même : si je marche avec bonne humeur, je peux me sentir comme un géant ; quand je suis fébrile, je suis le plus petit parmi tous ; joyeux, mon visage devient tout rond — irrité, il devient tordu. En fait, je perçois l’expression du corps comme quelque chose de très fluide, une forme organique que les émotions, en quelque sorte, déforment. Mes Métamorphoses tentent de refléter cette conscience, de saisir une première expression achevée, organique, du corps physique.
Ma proposition d’images, leur captation photographique ou cinématographique cherche à libérer le corps de sa forme purement, strictement physique. J’enregistre ainsi la perception éphémère de mon paysage intérieur. Je me sers de la caméra comme d’un outil de transformation.
Stefan Nitoslawski
Stefan Nitoslawski est né et a grandi à Montréal. En 1992, il effectue des études à l’École nationale de cinéma de Lodz en Pologne. Depuis son retour à Montréal, il s’intéresse particulièrement à la photographie expérimentale et au cinéma documentaire. Ses images ont été exposées, entre autres, au Musée d’Art photographique du Danemark et au Musée de la Cinématographie en Pologne. Elles ont provoqué, à chaque fois, une réflexion sur l’identité individuelle et sur la nature des réalités observées. Les documentaires auxquels il a travaillé pour la télévision, à titre de réalisateur ou de directeur de la photographie, abordent des thèmes sociaux et ont été diffusés dans plusieurs pays.