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ANIMATION
Becassotte

Du praxinoscope au cellulo

Du 5 décembre au 15 janvier 2008

Grâce aux deux «Émiles¹», la France peut s’enorgueillir d’être historiquement la (première) patrie du cinéma d’animation. Malgré deux guerres mondiales et la suprématie économique exponentielle des productions américaines depuis les années 1920, la production hexagonale n’a cessé d’exister, d’explorer de nouvelles formes d’expression et d’être le témoin de l’Histoire française depuis 1892.

Aujourd’hui, le premier demi-siècle d’animation en France (1892–1948²) se réduit souvent dans les livres de références, à une vingtaine de titres et une dizaine de noms : Reynaud, Cohl, O’Galop, Lortac, Starewitch, Bartosch, Gross, Alexeieff, Grimault. C’est oublier à tort d’autres auteurs majeurs de l’image par image (Duvernay, Rabier, Galoyer, Mourlan, Rigal, Payen, Delaurier, Charbonnier, Arcady...), aux parcours atypiques, et tourner le dos à l’histoire d’une production hexagonale qui ne s’exportait pas et restait ainsi dans l’ombre des productions venues d’outre Atlantique.

À l’exception de quelques-uns, « ces conquérants de la petite manivelle³»  n’associaient pas leur travail à une logique industrielle et artistique mais à un art usuel et éphémère sans lendemain. Ils se considéraient plus comme des artisans que des artistes à part entière. Cependant, les films qui nous sont parvenus cachent parfois des œuvres singulières, réussies, souvent drôles et satiriques, témoins de l’Histoire de la société française (films de propagande anti « boche  » pendant la Grande Guerre, de prophylaxie contre la tuberculose et la syphilis, publicitaires pour l’alcool, les voitures et les cigarettes), attestant de l’impact sur le public, du cinéma d’animation comme outil de communication.

Certains titres font même bouger les idées reçues sur l’histoire du genre : en effet, cette rétrospective, riche de plus de 100 films, permet, entre autres, de découvrir une adaptation du roman de Jonathan Swift, Gulliver chez les Lilliputiens (1923)4 qui aurait dû être le premier long métrage d’animation français, réalisé avant celui de Lotte Reiniger, Les Aventures du Prince Ahmed (1926)5, et bien avant le Roman de Renard (1929-30) de Ladislas Starewitch.

Cette rétrospective est également l’occasion d’apprécier à nouveau dans sa version originelle, Fantasmagorie (1908), le premier dessin animé de l’histoire du cinéma d’animation, de rendre visite aux pionniers de l’animation française dans leur studio, de revoir les classiques des années 1930, L’Idée (1932), Barbe Bleue (1938), La Joie de vivre (1934), Une nuit sur le Mont Chauve (1933), d’assister aux premiers essais de dessins animés en couleurs, ainsi qu’à la naissance de la production française sous l’Occupation qui devait « doper  » le secteur de l’animation et symboliser «  le renouveau du cinéma français»6. Depuis les disparitions successives de Raymond Maillet7 (1994), d’André Martin8 (1994), tout comme de Paul Grimault (1905–1994), Bernard Clarens9 (2006) et Joseph Lo Duca10 (2004), l’histoire du cinéma d’animation
en France était « orpheline  ». Après un plan de restauration des films anciens de 15 années, qui aura permis d’exhumer quelques 300 films d’animation, cette odyssée hexagonale méritait bien une (re)découverte10 à la hauteur de sa production et de sa diversité.

Jean-Baptiste Garnero
Chargé d’études documentaires aux Archives françaises du film du CNC
www.cnc-aff.fr

1.  Emile Reynaud (1844–1918) inventeur du praxinoscope (1877) et du théâtre optique (1892), Emile Cohl (1857–1938) caricaturiste, considéré comme le père du dessin animé avec la réalisation de Fantasmagorie (1908).
2.  Ces dates correspondent, d’une part, à l’année de projection au musée Grévin de la pantomime Pauvre Pierrot, réalisée par Reynaud en 1892 et d’autre part, à l’année de sortie du court métrage Le Petit Soldat, réalisé par Paul Grimault, qui symbolise à lui seul un nouvel élan dans la production française d’après guerre.
3.  Expression utilisée dans les années 1910 dans la presse française  pour désigner les réalisateurs de la prise de vues image par image.
4.  Gulliver chez les Lilliputiens, Albert Mourlan & Raymond Villette (1923) — Long métrage partiellement détruit durant la production, sorti sous la forme d’un court métrage de 21 min.
5.  (Char)lotte Reiniger (1899–1981) — Les Aventures du Prince Ahmed (Allemagne, 1926) considéré comme le premier long métrage de l’histoire du cinéma d’animation.
6.  Expression souvent employée dans la presse française pendant la Seconde Guerre mondiale en réaction à la domination des productions américaines qui inondaient toute l’Europe.
7.  Fondateur de l’AFCA (Association française du cinéma d’animation) en 1971, spécialiste du cinéma d’animation en France.
8.  André Martin (1925–1994), journaliste, réalisateur, chercheur.
9.  Bernard Clarens (1930–2006) journaliste, réalisateur, chercheur.
10.  Joseph Lo Duca (1910-2004) journaliste, réalisateur, chercheur.
11.  Cette première redécouverte organisée par les Archives françaises du film du CNC  eut lieu du 4 au 17 octobre 2007 à la Cinémathèque française (Paris).

Cette rétrospective est préparée en collaboration avec les Archives françaises du film CNC, le Consulat de France à Montréal et le Ministère des affaires étrangères de France. La Cinémathèque québécoise remercie ces ayants droit qui ont rendu possible la présentation de la rétrospective Du praxinoscope au cellulo à Montréal : ADAGP/Valérie Barthez  ; AFCA/Marina Feodoroff, Olivier Catherin, Denis Walgenwitz  ; Archives françaises du film / Béatrice de Pastre, Boris Todorovitch, Eric Le Roy  ; Jean-Baptiste Garnero  ; Artcam International / Joël Farges ; Association des amis d’Émile Reynaud/Sylvie et Hubert SAERENS ; Cinédoc / Dominique Willoughby  ; Cinémathèque française / Gaëlle Vidalie, Emilie Cauquy  ; Cinémathèque Martin-Starewitch / Léona Béatrice Martin Starewitch et François Martin; La CITIA; Documents Cinématographiques/Brigitte Berg ; Europimages / Valérie Chantraine ; Fatras / Succession Jacques Prévert  ; Films Paul Grimault / Paulette et Henri Grimault ; Gaumont Pathé Archives/Martine Offroy, Manuela Padoan, Agnès Bertola  ; Gébéka films / Sandrine Monségu  ; Lobster films / Serge Bromberg et Eric Lange  ; Magic Film Production/Tamara Pappé  ; SACD/SACEM. Successions  : Albert Mourlan/Véronique Mourlan  ; Alexeieff/Svetlana Alexeïeff-Rockwell  ; Emile Cohl/Pierre Courtet-Cohl ; André Rigal/ Michèle, Claude, Christine Montagne  ; André-Edouard Marty/Charles Thikian  ; Antoine Payen / Marc-Antoine Payen ; Arthur Honegger/Pascale Honegger  ; Benjamin Rabier/Jacqueline Manoury-Rabier  ; Henri Sauguet ; Jean Benoît-Lévy/Liliane Jolivet ; Mimma Indelli et Paul de Roubaix/Catherine Soulas de Roubaix, Patricia, Benjamin et Olivia de Roubaix; Omer Boucquey/ Eric Bargibant; Pierre Charbonnier; Tibor Harsanyi  ; Raymond Galoyer  ; Robert Lortac/Brigitte Delpech  ; Jean Liamine/Docteur Jean Liamine  ; Jean & Alex Giaume. Et Gabrielle Labrunie-Palasse, Guillaume Labrunie, Hélène Palasse, Madame René Risacher, Marc Sandberg, Philippe Truffault.

 

 

 

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