From May, 16th 2013 to May, 30th 2013

Bretislav Pojar, la gestuelle humaine

Né en 1923, le Tchèque Bretislav Pojar devient animateur pendant la Seconde Guerre mondiale. D’abord étudiant en architecture, il est embauché comme intervalliste pour les dessins animés en 1942. Peu après la guerre, les pays de l’Europe socialiste s’activent à construire des studios de cinéma afin de mettre sur pied une industrie cinématographique. Les autorités recrutent largement dans les populations locales. Dans le domaine de l’animation, il s’agit d’offrir une alternative nationale à la vrombissante et envahissante machine Disney. Bretislav Pojar se joint alors au nouveau studio Bratři v triku (un jeu de mots qui signifie autant « les frères en tricot » que « les frères du trucage ») pour y assister Jiří Trnka sur ses premiers films d'animation de marionnettes.

On trouve la signature de Pojar dans quelques-uns des films célèbres du maître praguois : le court métrage Le Roman de la contrebasse et les longs Prince Bayaya, Les Mythes de l’ancienne Bohême et Songe d’une nuit d’été. La délicatesse de la gestuelle, la vraisemblance psychologique et physiologique des mouvements sont ainsi largement attribuables au savoir-faire de Pojar. Cela se remarque d’ailleurs dès Un verre de trop, son premier film à titre de réalisateur, un court métrage de commande ayant comme objectif de sensibiliser aux dangers de l’alcool au volant.

En début de carrière, vers la fin des années 1950, le futur producteur québécois Rock Demers visite les pays d’Europe centrale et d’Europe de l’Est. Il y fait la connaissance de Bretislav Pojar. Cette rencontre sera déterminante dans le rayonnement de l’œuvre du cinéaste et dans sa relation avec le Québec. Ainsi, en 1967, Pojar séjourne à Montréal à l’occasion de la Rétrospective mondiale du cinéma d’animation. Il réalisera plus tard quelques films à l’ONF, dont deux deviendront des classiques : « E » (avec Francine Desbiens) et Balablok. De son côté, Rock Demers porte une attention soutenue au travail de Pojar. Par le biais de sa société de distribution, Faroun, qu’il fonde en 1965, il distribue notamment Aventure dans la Baie d’or, un long métrage pour enfants en prise de vues réelles, et la série d’animation Les Oursons. En 1968, Pojar tourne un court métrage d’animation, Faroun le petit clown, d’après une idée de Rock Demers et lui. Enfin, dans le cadre de la série Contes pour tous des Productions La Fête de Rock Demers, Bretislav Pojar réalise Danger pleine lune en 1992.

L’animation de marionnettes est, pour Bretislav Pojar, une découverte heureuse et fructueuse, puisqu’elle deviendra par la suite sa spécialité et fera de lui l’un des principaux ambassadeurs de cette spécialité tchèque. Toutefois, il y a aussi un aspect exploratoire souvent méconnu dans son œuvre. C’est ainsi que Pojar a développé la technique d’animation de marionnettes en bas-reliefs, de même que les papiers découpés sur cellulos. De plus, il a marié ses marionnettes à l’écran d’épingles de Jacques Drouin dans L’Heure des anges, les deux réalisateurs travaillant alors à des milliers de kilomètres de distance, et ce selon un processus complexe.

L’œuvre de celui qui nous a laissés en 2012 est le résultat non seulement d’un grand talent, mais aussi d’une conviction que le cinéma doit avoir une fonction utile. Plusieurs de ses films ont ainsi une portée pédagogique, abordant des thèmes comme le bellicisme et se faisant gentiment satiriques. Il avait à Montréal plusieurs amis qui ont été profondément attristés de son décès. Hommage à une figure majeure de l’animation du XXe siècle.

Marco de Blois

Cycles

My schedule

Log-in to automatically save your schedule for your next visit.