Du Mercredi 15 Octobre 2014 au Samedi 25 Octobre 2014

Duras : un centenaire

Duras. Comme un combat

Après avoir vu son œuvre mise au service du cinéma, profondément déçue par la plupart des adaptations qui en furent faites, elle décide à la fin des années 1960 de passer à la réalisation. Son cinéma est un cinéma de combat, en lutte contre le formatage général de la narration cinématographique dominante. Elle dit faire du cinéma autrement. Chacun de ses films se déploie comme un parcours initiatique qui passerait de l'absurde au tragique, de la distanciation au dévoilement. Celui-ci toutefois ne se ferait pas de façon directe. Il se produirait dans la durée au sein même de l’esprit du spectateur. Il y aurait comme une espèce de révélation, qui répondrait à une exigence dans l’acte même d’assister à une projection d’un film de Duras.

Son style est évidemment unique. Tout comme l’était sa méthode de tournage. La plupart de ses films *joués* témoignent de la relation assez proche qu’elle entretenait avec ses comédiens. Nous sommes, le plus souvent s’entend, dans un exercice de mise à distance. Celui-ci établit un rapport presque *impérieux* avec l’audience – dans le sens d’une primauté laissée à la voix de l’auteur; générant un hermétisme initial qui peu à peu ira en s’estompant pour arriver à un état révélateur. Cela est d’autant plus flagrant qu’elle se plait parfois à faire intervenir dans le cours du film des comédiens qui *jouent juste* (Daniel Gélin dans Détruire-dit-elle, Pierre Arditi et André Dussolier dans Les Enfants, ou Gérard Depardieu faisant irruption dans Nathalie Granger) qui établissent ainsi la dimension allégorique des personnages *durassiens* en contre-pied, comme pour asseoir le bien-fondé de leur déphasage.

Dans la majorité des cas, les tournages furent assez rapides. Les films tournés presqu’en urgence, souvent avec un budget fort restreint, opposant la construction d’un spectacle au désir de rendre la vie quotidienne transparente avec toutes ses contraintes, voire la cruauté de sa monstration lorsqu’elle est intégrée dans une mise scène. Même si, en de nombreux exemples, les œuvres filmées de Marguerite Duras témoigneraient d’une volonté de passer par le cinéma pour imposer les mots – notamment par son utilisation fréquente de l’écran noir qui laisse parler les voix en usurpant le pouvoir de l’image, il serait vain de la réduire au statut d’écrivain cinéaste. Les films, tout autant que ses romans ou ses pièces de théâtre, sont à apprécier dans l’ensemble de son œuvre, en écho et en résonnance. Il y a de nombreux ponts, des personnages, des lieux, des topiques qui les relient les uns aux autres.

Elle avait ainsi ses lieux de prédilection comme Paris (pour notamment Le Navire Night, Césarée ou Les Mains négatives), sa maison de Neauphle-le-Château (magnifiquement mise à la lumière et au cadrage dans Nathalie Granger), le Palais Rothschild à Boulogne (que l’on découvre dans India Song ou Son nom de Venise dans Calcutta désert). Ce sont des lieux d’invocation en quelque sorte, ceux d’une topographie intime.

Elle jouait souvent avec le décalage entre le son et l’image, proposait plusieurs pistes pour une même scène, comme dans une démarche empirique où rien ne peut être réduit à une seule voie, à une seule réalité, à une seule trame narrative, comme dans la vie, vraie et fausse à la fois . Elle nous montrait aussi qu’il n’y a pas qu’une seule façon de raconter, de transmettre. En cela, elle fut profondément novatrice, transformant des descriptions en injonctions, des affirmations en questions, relatant des drames humains dits avec la froideur d’un constat de médecin légiste.

Pour souligner le centenaire de sa naissance, nous retournons donc sur certaines de ses créations cinématographiques uniques qui se distinguent tant par une simplicité formelle que par une quête du sens de l’existence et de la représentation.

LIENS CONNEXES :

REPÈRE BIBLIOGRAPHIQUE 

     

Fabrice Montal

Ce cycle est rendu possible grâce à la collaboration précieuse de l’Institut français et du Consulat Général de France à Montréal.

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