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Les cinémas de Straram Appel à communication

April 5th - 7th, 2023

Colloque organisé par Jean-Marie Apostolidès, Guillaume Lafleur et Sylvano Santini en collaboration avec l’UQAM et la Cinémathèque québécoise

Cinémathèque québécoise, Montréal, 5, 6 et 7 avril 2023

Patrick Straram était sensible à son époque, en fixant les repères qui exprimaient le plus intensément son présent. Pour lui, l’art n’était pas séparé de la vie. Straram avait l’esprit d’avant-garde, sans pourtant vouloir ruiner le présent comme l’exigeait son ancien compagnon Guy Debord. Il aimait pourtant le cinéma de « situation » et non celui du « spectacle » : « J’aime LE BEL AGE [film de Pierre Kast, 1960] parce qu’il propose une nouvelle morale de l’amour, dans la réalité historique de notre temps. Avoir conscience des situations dans lesquelles on vit, et constamment remettre en cause la sorte d’amour qu’on veut vivre, dans ces situations, pour moi cela définit un homme qui est vivant, c’est la dialectique primordiale dont un individu qui en est prend la responsabilité. »1 Straram imaginait et inventait des nouvelles formes de vie, tout en reconnaissant et admirant les femmes, les hommes et les œuvres qui en faisaient de même. Son fanatisme de la musique, de la littérature et, plus encore, du cinéma était légendaire. Les cinéastes étaient, pour lui, l’un des points de repères les plus importants pour questionner et réinventer la vie, pour l’imaginer autrement, de multiples façons. Le bison ravi saisissait toutefois les effets du cinéma sur la vie avec un sens éthique aiguisé. Il aimait donc le cinéma, et pour cause : son expressivité totale, un peu comme le jazz, touchait directement l’esprit et les nerfs. Il était donc un parfait cinéphile : il voyait tous les films, en parlait, en programmait et en faisait. C'était un cinéphile lettré comme on l’était à Paris dans les années 1950 et 1960 en défendant une idée différente du septième art, proche de celle des Cahiers du cinéma. Son idéalisation élitiste n’était cependant pas prétentieuse et vaniteuse au point de la rendre futile et stérile, elle était plutôt productive et incitait à agir. On saisit les conséquences sur lui d'une telle conception du cinéma. Il comprenait cet art comme un art divers, permettant des résultats pluriels : il n’y avait pas un mais des cinémas qui le mobilisaient.

Nous consacrerons notre colloque à interroger la pluralité des engagements du Bison ravi avec et dans le cinéma. Les propositions attendues pourraient interroger les cinémas de Straram à partir d’une de ces pistes, non exhaustives, distribuées en quatre groupes :

I. Genèses et origines du cinéma chez Straram

  • Les sources du cinéma chez lui. Quels sont les liens de Straram avec la production cinématographique des avant-gardes surréalistes, lettristes, internationale lettriste et situationniste ou celle expérimentale, notamment américaine de Maya Deren, Jonas Mekas ou Stan Brakhage?

  • L'importance du milieu dans lequel il a grandi. Son père, Enrich Straram, était le directeur du théâtre des Champs-Elysées. Grâce à cette position unique, Patrick a côtoyé dès sa jeunesse non seulement des musiciens mais l'ensemble du milieu artistique parisien, y compris les gens de cinéma. Lorsqu'il part au Canada en 1954, il a une connaissance peu commune du monde artistique. Quelles ont été les conséquences d'un tel bagage dans ses entreprises futures, en particulier au Québec?

  • La relation ambiguë que Straram a toujours entrenue avec la Nouvelle vague. Si d'un côté il était sensible à l'apport de certains cinéastes (Henri Colpi, Agnès Varda, Jacques Rivette, Jean-Luc Godard, Alain Resnais, etc.), de l'autre côté, il partageait les critiques que Debord et Michèle Bernstein avaient adressées à la Nouvelle vague, autant dans la revue Potlatch que, plus tard, dans la revue Internationale situationniste. Comment Straram a-t-il trouvé son chemin entre ces diverses sources d'influence?

II. Participations, soutiens et contributions au cinéma

  • La contribution de Straram au Centre d’Art de l’Élyssée, avec le docteur Jean-Paul Ostiguy et la revue l’Écran mériterait d’être documentée.

  • Quelle idée du cinéma émane de ses critiques dans les revues, notamment TV-Hebdo, Maclean’s et Cinéma Québec?

  • Sa carrière d’acteur, son désir d'être comédien. Straram a été proche de certains comédiens (en France, Jacques Seiler, Michel Auclair, Daniel Gélin, Brigitte Auber, etc. ; au Québec, il a côtoyé un grand nombre d'individus associés à la télévision, au théâtre et au cinéma). Quelles ont été les conséquences de cette constante proximité ? Peut-on dire que le comédien était devenu, pour Straram, un modèle d'identification?

  • Comment a-t-il contribué au cinéma québécois et quelles étaient ses amitiés et relations avec des cinéastes d’ici, particulièrement Gilles Groulx?

III. Affects et amours cinématographiques du bison ravi

  • Straram avait un tel amour pour Jean-Luc Godard qu’il en avait fait une référence majeure dans son œuvre. Il évoquait incessament ses films, il les citait abondamment. Et, plus encore, il le convoquait à plus d’un titre, comme cinéaste bien sûr, mais aussi comme critique et penseur de l’image et de la société. Quel rôle le bison ravi a-t-il donné à Godard dans son œuvre ? Quelle place lui a-t-il réservée parmi les nombreux personnages qui animent ses textes?

  • Quelle est la nature de la correspondance avec d’illustres cinéastes, dont Jacques Rivette et Alain Resnais?

  • La singularité de l’amour de Straram pour le cinéma nous permet-elle de parler d’une cinéphilie qu’il lui serait propre?

IV. Éthique et imaginaire des cinémas de Straram

  • Quelle est l’esthétique cinématographique de Straram, et quelles valeurs soutient-elle?

  • Sa sensibilité politique, de gauche évidemment, était principalement nourrie par la critique de la vie quotidienne d’Henri Lefebvre. Comment cette pensée se révèle-t-elle dans ses écrits sur le cinéma?

  • La réflexion philosophique a joué un rôle déterminant dans l’œuvre de Straram, comme l’exposent éloquemment ses réflexions socracritiques. Elle a toujours eu son importance dans ses écrits, malgré les sujets. Or, quelle part lui revient dans ses critiques de films ? On pourrait poser la question autrement en se demandant simplement à quoi pense le cinéma du bison ravi?

  • Straram discutait amplement des écrivains qui l’ont marqué et qui l’ont accompagné sa vie durant, comme Malcolm Lowry, Jack London, Robert Musil, Henri Michaux. Face à la présence essentielle de la littérature et à la prépondérance du cinéma dans ses écrits, quelle relation imagine-t-il entre ces deux piliers de l’art et de la culture et pour quelle action commune?

Les propositions de communication (environ 300 mots) ainsi qu’une courte notice biographique doivent nous parvenir avant le 20 janvier 2023 aux adresses suivantes : aposto@stanford.edu, glafleur@cinematheque.qc.ca et santini.sylvano@uqam.ca.


  • 1

    Patrick Straram, « J’aime Le Bel Âge », L’écran, publication du Centre d’Art de l’Élysée, Montréal, no 1, avril 1961, p. 39. ↩