Skip to contentSkip to navigation

CinémaAction !

Apolline Caron-Ottavi
10 juillet 2026
Action !

Quelques lignes de force ou fils rouges de notre cycle d’été consacré au cinéma d’action.

Image tirée du film Mad Max: Fury Road de George Miller (2015)

Conduite

Dans Action, il y a mouvement.
Que ce soit lors du déplacement d’un point A à un point B ou avec de brusques changements de cap lors d’une course poursuite, la conduite est ainsi un des objets de prédilection du cinéma d’action. La route peut être synonyme de vitesse, comme dans Le Mans (Lee H. Katzin, 1971) ou dans Vanishing Point (Richard C. Sarafian, 1971), ou au contraire de laborieuse lenteur. C’est le cas dans Le salaire de la peur (Henri-Georges Clouzot, 1954) et dans son remake américain Sorcerer (William Friedkin, 1977), où la conduite de camions de nitroglycérine se transforme en avancée sisyphéenne et en embourbement généralisé – physique mais aussi moral, sur fond d’un monde gangréné par l’exploitation et le profit. Avec The Hitch-Hiker (1953), Ida Lupino transforme le road movie en cauchemar sans fin, dans un huis clos insoutenable entre deux automobilistes et un psychopathe pris en stop. Dans Drive (2011), Nicholas Winding Refn fait de la conduite l’essence même de l’action, le mode d’existence de son héros, entre coups d’accélérateur et coups de freins, efficacité obsessionnelle et lyrisme inattendu, outil professionnel et refuge intime. Sur des routes moins balisées, les convois déplacent la conduite du côté du collectif et leur traversée des grands espaces prend des allures épiques, que ce soit dans l’Ouest d’autrefois de Red River de Howard Hawks (1948) ou dans le futur dystopique de Mad Max: Fury Road de George Miller (2015). Et quand ils contiennent de l’argent, les convois sont propices aux braquages, qui ont l’intérêt de combiner moments d’éclats et montée en puissance de la tension psychologique, comme c’est le cas dans Le convoyeur de Nicolas Boukhrief (2004) ou dans Pouvoir intime d’Yves Simoneau (1986).

Combat

Dans Action, il y a corps.
Les corps élastiques des maîtres des arts martiaux, les corps musculeux des héros américains des années 1980, les corps acrobatiques des grands cascadeurs comme Buster Keaton, Jackie Chan ou Jean-Paul Belmondo… Théâtre de la virtuosité des corps et de leur mise en mouvement, les combats sont logiquement au cœur du cinéma d’action. Les films de cape et d’épée, ou encore les films de sabre japonais, de Harakiri de Masaki Kobayashi (1962) à Zatoïchi de Takeshi Kitano (2003), reposent sur un même ravissement : l’extrême précision du geste, dont l’éclat est proportionnel à la maîtrise toute en retenue. Les films hongkongais des années 1980 et 1990, avec le cinéaste John Woo et l’acteur Chow Yun-fat en tête, ont quant à eux réinventé la façon de filmer l’action, faisant de celle-ci une chorégraphie lyrique, où la gestuelle des combats se libère du réalisme. Mentionnons aussi les corps insaisissables des espions et des agents secrets, tantôt discrets, tantôt clinquants. Aux côtés du flamboyant James Bond, qu’il soit incarné par George Lazenby dans On Her Majesty Secret Service (Peter Hunt, 1969) ou par Daniel Craig dans Skyfall (Sam Mendes, 2012), on trouve ainsi dans un jeu de contraste les espions aux actions minimalistes de A Touch of Zen de King Hu (1971). Contrairement au Tom Cruise de Mission: Impossible, les héros du wu xia pan taïwanais n’ont pas besoin de câbles pour léviter.

Image tirée du film A Touch of Zen de King Hu (1971)

Image tirée du film Django de Sergio Corbucci (1966)

Justiciers

Dans Action, il y a vengeance.
La figure du justicier est au premier abord positive : tel le Erroll Flynn généreux des Aventures de Robin des bois (Michael Curtiz et William Keighley, 1938) ou le Tyrone Power élégant de The Mark of Zorro (Rouben Mamoulian, 1940). Dans un monde sans loi, les justiciers s’opposent aux dérives fascisantes et suprémacistes, comme Django (Sergio Corbucci, 1966) sur fond d’un Ouest sauvage à l’air sépulcral. Dans un monde doté de lois, celles-ci ne comblent pas toujours le désir viscéral de vengeance individuel. La figure du justicier se teinte alors de connotations beaucoup plus sombres ou discutables. C’est le cas dans Death Wish (Michael Winner, 1974), récit de vendetta provocateur avec Charles Bronson en père de famille qui s’arme pour faire face lui-même à la délinquance après le viol de sa fille. L’immense succès du film n’a eu d’égal que la polémique qu’il a suscitée, accusé d’être un pamphlet pour les armes à feu et la justice expéditive. Le film garde pourtant une certaine ambiguïté, laissant la place au spectateur d’héroïser ou non un protagoniste qui est le reflet d’un individualisme américain poussé à l’extrême (à l’ère de la montée des idées libertariennes, Donald Trump a tranché, en citant le film lors de sa dernière campagne). Poussé par un changement de l’air du temps, Revenge (2017) de Coralie Fargeat est une réappropriation au féminin de ce ressort narratif du viol et de la vengeance.

Traques

Dans Action, il y a poursuite.
Toute intrigue de film d’action est susceptible de mener à ce principe dynamique efficace, qui garantit cascades et suspense. Parmi les poursuites, la traque est spécifique, en opposant un individu ou un petit groupe au grand nombre. Le rapport de force n’est pas égal, et le principe met le spectateur du côté du traqué, dont on partage la peur, la solitude et le sentiment d’injustice. Dans Sholay de Ramesh Sippy (1975), l’un des plus grands succès de l’histoire de Bollywood, qui a consacré la superstar Amitabh Bachchan, deux petits voleurs engagés pour traquer un brigand se retrouvent traqués par plus gros chasseur qu’eux, un tyran sanguinaire. Avec Red (1970), Gilles Carle aborde les fractures de la société en mettant en scène un personnage de Métis tiraillé entre deux mondes et qui, traqué par sa famille blanche, trouve refuge dans une autre famille, la communauté autochtone. The Warriors de Walter Hill (1979), fleuron du film de violence urbaine, se distingue par son usage de l’espace de la ville : dans le sillage d’un gang accusé à tort d’un meurtre, et qui doit regagner son bastion de Bronx avec tous les gangs de New York et la police à ses trousses, le film nous entraîne dans une spectaculaire traversée de la jungle urbaine, avec ses décors et sa faune. La traque peut être également orchestrée, suivant le dicton « du pain et des jeux ». C’est le cas dans Le prix du danger d’Yves Boisset (1983), satire féroce et glaçante de la société du spectacle et de ses divertissements abêtissants et cyniques, dans lequel un ouvrier participe à une émission où les candidats sont traqués jusqu’à la mort, en espérant gagner le gros lot s’ils survivent. L’intrigue peut paraître familière, et pour cause : The Running Man avec Arnold Schwarzenneger (Paul Michael Glaser, 1987), fera l’objet d’une accusation de plagiat par l’équipe du Prix du danger.

Image tirée du film Le prix du danger d'Yves Boisset (1983)

Image tirée du film Super Express 109 de Jun'ya Satō (1975)

Trains

Dans Action, il y a vitesse.
Avec en particulier le rythme et le défilement du train, au commencement du cinéma d’action, c’est-à-dire du cinéma tout court. Dans The Great Train Robbery (Edwin S. Porter, 1903), le paysage qui défile par la fenêtre contribue tout autant au spectacle que les altercations à coups de revolver. La locomotive de The General (1926) est le véritable moteur du film, destrier fidèle qui permet au frêle Buster Keaton qui la chevauche de devenir un véritable héros d’action. Du côté du Japon, Super Express 109 (Jun’ya Sato, 1975) est une réussite dans la veine du film catastrophe, en faisant du Shinkansen, train à grande vitesse et fierté japonaise, le théâtre de mémorables scènes de panique et d’impuissance. Le concept du récit, un train qui ne peut pas descendre sous les 80 km/h sous peine de faire exploser à bord une bombe placée par des terroristes, inspirera celui du célèbre Speed de Jan de Bont (1994). Runaway Train d’Andreï Konchalovsky (1985) est quant à lui l’un des meilleurs films de « train fou » qui soit, tant par l’humanité qui se joue dans son groupe de personnages que dans son usage des paysages glacés de l’Alaska, qui donne à cette course folle des airs existentiels. L’occasion de rappeler que sans esprit, l’action ennuie. Dans Falcon Express (Benoît Daffis et Jean-Christian Tassy, 2025) enfin, belle surprise du cinéma d’animation français de l’an dernier, on trouve un autre train fou, avec à bord cette fois une brochette d’animaux. L’aventure file bon train au gré de références savoureuses aux classiques du genre, tant dans la mise en scène que dans les répliques. L’occasion de rappeler que l’action est un plaisir qui se partage en famille.

Tarantino et cie

Dans Action, il y a inspiration.
Sans jamais perdre de vue le divertissement et la jubilation du spectateur, le cinéma d’action invente de nouvelles façons de bouger comme de filmer, il est propice aux répliques culte et aux figures mythiques qu’on aime citer, il évolue avec la société qui le voit naître. Quentin Tarantino ne s’y est pas trompé, multipliant dans ses films les références et les clins d’œil au cinéma qu’il a dévoré et aimé. Débuté avec Kill Bill 1 & 2, le cycle Action! se prolonge en fin d’été avec une rétrospective des autres films du cinéaste. Et entre les deux se glissent quelques inspirations qu’il a ouvertement citées : Lady Snowblood de Toshiya Fujita (Kill Bill); Django de Sergio Corbucci (Django Unchained); The Dirty Dozen de Robert Aldrich (Inglorious Basterds); The Magnificient Seven de John Sturges (auquel le titre de The Hateful Eight fait un clin d’œil); Foxy Brown de Jack Hill, dont on retrouve l’actrice Pam Grier dans Jackie Brown; City on Fire de Ringo Lam, qui a inspiré son premier film, Reservoir Dogs; sans compter le mythique Bruce Lee (à voir dans The Way of the Dragon de lui-même ou The Big Boss de Lo Lei), devenu un personnage de Once Upon A Time in Hollywood.

--
Image d'en-tête tirée du film Runaway Train d'Andreï Kontchalovski (1985)

Image tirée du film The Dirty Dozen de Robert Aldrich (1967)