Non ou la vaine gloire de commander
Pierre Jutras a travaillé à la Cinémathèque québécoise pendant 33 ans, à titre de conservateur du cinéma québécois et canadien, puis de directeur de la programmation. Il nous a quittés tout récemment et pour lui rendre hommage nous avons auparavant eu la chance de préparer avec lui une carte blanche qui rend compte de ses moments forts de programmateur et de cinéphile (la redécouverte de Jean Epstein, son coup de coeur pour Ivan le Terrible, la révélation de Wang Bing et l'extraordinaire rétrospective consacrée à Manoel de Oliveira...).
« "Fresques à personnages" comme seul le grand maître portugais sait faire. » – Pierre Jutras
Des soldats portugais en pleine guerre d’Angola en 1974 discutent entre eux. Ils parlent des guerres du passé et le sous-lieutenant Cabrita, professeur d’histoire dans le civil, relate quelques-unes des plus cuisantes défaites militaires de son pays.

Manoel de Oliveira
Manoel de Oliveira est un réalisateur et scénariste portugais. Il commence à faire des films en 1927, lorsqu’il essaie de faire un film à propos de la Première Guerre mondiale avec des amis. En 1931, il termine son premier film, Douro, Faina Fluvial, un court documentaire sur sa ville natale, Porto, à la manière d’une symphonie urbaine. Il fait son premier long métrage en 1942 avec Aniki-Bóbó et réalise des courts métrages documentaires pour les 30 années suivantes. En 1971, Oliveira réalise son second long métrage narratif, Le passé et le présent, une satire sociale qui pose les jalons de sa carrière à venir et qui lui a vaut d'être reconnu par la communauté cinématographique mondiale. Il fait ensuite des films de plus en plus ambitieux dans les années 1970 et 1980, gagnant en reconnaissance avec la critique et remportant plusieurs prix. À partir de 1980, il devient l’un des réalisateurs les plus prolifiques et fait en moyenne un film par année passé l’âge de 100 ans. Il est alors considéré comme le plus vieux réalisateur actif au monde. Parmi ses récompenses, mentionnons le Lion d’or d’honneur qu’on lui a remis à la 61e Berlinale, la Palme d’or d’honneur qu’il a reçu en 2008 au Festival de Cannes et sa Légion d’honneur.

Pierre Jutras
Né en 1945 à Saint-Marcel-de-Richelieu, Pierre Jutras étudie la réalisation à l’Institut des arts de diffusion de Bruxelles dans les années 1970 où il s’initie au documentaire, à la fiction et au cinéma expérimental. La Cinémathèque québécoise l’embauche en 1978 à titre de Responsable du cinéma québécois et canadien. Il y est aussi le codirecteur du périodique Copie Zéro de 1979 à 1988. De plus, on lui doit la première restauration de Kamouraska, de Claude Jutra. Il devient Directeur de la conversation et de la programmation de la Cinémathèque en 1997, poste qu’il occupe jusqu’à son départ à la retraite en 2011. Parallèlement à ses activités professionnelles, il réalise Lamento pour un homme de lettres en 1988 et Petites chroniques cannibales 1 en 1997, premier segment d’une trilogie n’ayant jamais été complétée. Il s’est éteint le 22 juin 2023 à Montréal.
Photo : Denis Bernier | Collections de la Cinémathèque québécoise

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