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1978-1980 : Origine et création du 1er Festival international du film Super 8 du Québec

Après une expérience pilote menée en mai 1978 avec des collèges de la région métropolitaine, le Collège Ahuntsic tient en février 1979 un 1er Festival intercollégial du film Super 8 du Québec, présentant des films tournés en Super 8 dans les différents collèges du Québec. L’événement attire près de 350 personnes.

C’est un animateur culturel du collège, Richard Clark, qui organise et coordonne ce festival, avec l’aide de quelques professeurs et étudiants en cinéma, dont les étudiants Jean Hamel et Denis Laplante, qui deviendront des piliers de l’organisation des festivals à venir.

Le directeur général du cégep, Mounir Rafla, a des ambitions internationales pour son école. De plus, il souhaite mettre sur pied le premier programme de techniques de cinéma au Québec. Il accueille donc avec beaucoup d’enthousiasme la proposition de Richard Clark d’ajouter un volet international à leur festival intercollégial. En mai 1979, Clark voyage à Cannes, aux frais de l’établissement, où il établit des contacts avec des membres de la Fédération internationale du cinéma Super 8 ainsi qu’avec des fonctionnaires canadiens et québécois du domaine du cinéma.

1er Festival intercollegial du film Super 8 du Québec (1979). Photo non-créditée. Source : Débobinons, février-mars 1979.

Affiche de la première édition du Festival international du film Super 8 du Québec, 1980.

Les institutions qui financent les festivals de cinéma ne veulent toutefois pas soutenir deux événements Super 8 à caractère international et suggèrent à Clark de s’associer avec l’Association pour le jeune cinéma québécois, qui tient déjà un festival national avec un volet international. Clark participe ainsi à l’Assemblée générale annuelle de l’APJCQ en juin 1979 et se fait élire au conseil d’administration de l’Association. Durant l’été, le conseil d’administration accepte les propositions de Clark et décide d'unir les énergies et les ressources de chacun, afin de créer le 1 er Festival international du film Super 8 du Québec. Celui-ci comprend trois compétitions officielles : intercollégiale, nationale et internationale. Le festival sera organisé conjointement par l’APJCQ et le Collège Ahuntsic.

Clark retourne en Europe en novembre 1979 pour se rendre au Festival national du Super 8 de Bruxelles, où il consolide ses relations avec les membres de la Fédération internationale du cinéma Super 8 et les invite à tenir une réunion au Québec, lors du prochain festival organisé à Montréal.

Le 1er Festival international du film Super 8 du Québec a donc finalement lieu les 8, 9 et 10 février 1980, dans l’édifice Saint-Sulpice de la Bibliothèque nationale, avant de tenir une représentation à Québec la semaine suivante. L’événement attire 2 000 personnes et connaît un franc succès sur tous les plans, y compris au niveau international, en accueillant une douzaine d’invités venus de trois continents. Il confirme immédiatement la place du Québec parmi les plus grands festivals Super 8 au monde. La prestigieuse revue Super-8 Filmaker, présente sur place, consacre ainsi l’événement dans un article intitulé : « Quebec’s first Super 8 festival is a winner ! ».

« Quebec’s first super 8 festival is a winner ». Article de Frank Viviano dans la revue Super 8 Filmaker, Vol. 8, no. 7 (octobre-novembre 1980), p.46-50.

Luc Perreault, « Un festival du Super 8 réussi », La Presse, 11 février 1980, p. D-15.

Le Québec n'est plus seulement présent sur le territoire du Super 8 ; il est devenu l'un des éléments les plus marquants du paysage cinématographique indépendant.
Frank Viviano, « Quebec’s first Super-8 festival is a winner », Super 8 Filmaker, vol. 8, no. 7 (octobre-novembre 1980), p. 50.
Reportage sur le 1er Festival international du film Super 8 du Québec

Reportage sur le 1er Festival international du film Super 8 du Québec

Reporteur : Michel Payette
Caméra : Marc Charlebois
Tourné en février 1980 devant la Bibliothèque Nationale Saint-Sulpice.

La Fédération internationale du cinéma Super 8 s’établit au Québec

À cette époque, la Fédération internationale du cinéma Super 8 est un réseau informel d’échanges et une organisation sans statut légal ni moyens.

Richard Clark et le Collège Ahuntsic suggèrent alors à la Fédération de s’incorporer au Québec et d’établir son siège social au cégep, qui pourrait lui fournir des services administratifs et la doter d’un budget de 5 000$, tout en permettant à Richard Clark de consacrer une partie de son temps de travail au fonctionnement de la Fédération. L’offre est accueillie favorablement par tous les représentants des pays présents à ce premier festival.

L’incorporation officielle suit quelques mois plus tard et les lettres patentes sont délivrées le 8 septembre 1980. C’est lors de la deuxième édition du festival, en février 1981, que se tient la première assemblée de la Fondation. Le Belge Robert Malengreau est nommé président et l’Italien Romano Fattorossi vice-président. Richard Clark est confirmé comme directeur général et Michel Payette agit comme secrétaire-trésorier. Le gouvernement du Québec accorde une subvention de 10 000 $ pour le démarrage de la Fédération.

1981 : Le Festival déménage à l’UQAM

Projection en 3D lors de la 2e édition du Festival international du film Super 8 du Québec, 1981.

Fier du succès de son festival et de l’implantation du siège social de la Fédération, le Québec allait désormais occuper une place prépondérante dans la galaxie internationale du Super 8 pour toute la décennie à venir.

Le festival déménage à l’UQAM et accueille des milliers de cinéphiles dans la salle Marie-Gérin-Lajoie. Outre sa programmation de films du Québec, du Canada et d’une douzaine de pays, le festival est également un lieu de réflexion et d’échanges sur l’enseignement du cinéma et sur les possibilités techniques du Super 8. On y présente des courts métrages tournés et projetés en 3D, un colloque sur l’utilisation du Super 8 dans le milieu de l’enseignement, un autre sur la situation du Super 8 au Québec et dans le monde.

Le programme annonce aussi la projection, en grande première au Québec, de plusieurs longs métrages tournés en Super 8, certains gonflés en 35 mm dont Boliva: Sinfonia Tropical du réalisateur vénézuélien Diego Risquez. C’est à l’occasion de cette 2e édition que le festival accueille Pierre-Henri Deleau, délégué général de la Quinzaine de réalisateurs de Cannes, venu au Québec sélectionner des films à programmer dans la toute nouvelle section de la Quinzaine réservée aux productions Super 8. Le film Dédicace de Marie Brazeau fera partie de cette programmation.

Bolivar, sinfonía tropikal, Diego Rísquez, 1980.

Jean Hamel dans la cabine de projection du festival, 1981

1982 : Un dur conflit au dénouement positif

Michel Payette et Richard Clark, 1981

Le Festival du film Super 8 du Québec étant né de la fusion, plutôt rapide et inattendue, du Festival populaire du jeune cinéma québécois et du Festival intercollégial du film Super 8 du Québec, les rôles de chacun n’ont pas eu le temps d’être clairement définis. Un protocole d’entente entre l’APJCQ et le Cégep Ahuntsic devait être rédigé, mais ne le fut jamais.

En décembre 1979, à la suite de la démission du président de l’APJCQ, Gilles Cadieux, deux mois avant la première édition du festival, Richard Clark est élu président. Mais durant les mois qui suivent, les membres du conseil d’administration constatent que Clark s’intéresse beaucoup plus au festival qu’à l’Association, et s’interrogent sur l’ambiguïté de son rôle et de cette situation. La découverte, en juin 1980, de documents révélant la tentative de Richard Clark et du Collège Ahuntsic de s’approprier le festival en incorporant une Société du film Super 8, avec des objectifs semblables à ceux de l’APJCQ, met le feu aux poudres. On lui demande alors de se retirer de la présidence en août 1980, et Michel Payette le remplace dès lors.

Pour ne pas nuire à la préparation de la deuxième édition du festival, on convient d’un protocole d’entente à court terme. Signé le 27 octobre 1980, il établit que Clark et Payette seront codirecteurs du festival. Le duo fonctionne efficacement et le 2e Festival international du film Super 8 du Québec, qui se tient du 5 au 8 février 1981 à la salle Marie-Gérin-Lajoie de l’UQAM, remporte un vif succès auprès de quelque 3 000 spectateurs.

Quelques semaines avant la tenue du festival, le directeur général de l’APJCQ, Jacques Kirouac, démissionne à son tour. Michel Payette vient également combler ce poste. Jean Hamel, qui a collaboré avec Richard Clark à la création du festival intercollégial et qui s’est rangé avec son collègue Denis Laplante du côté de l’Association, est nommé président du conseil d’administration en juin 1981.

L’impasse persiste sur la gestion et la direction du festival. En juin 1981, l’assemblée générale annuelle est saisie du dossier et donne le mandat au conseil d’administration d’agir afin de reprendre le contrôle du festival. En septembre 1981, l’APJCQ et le Collège Ahuntsic s’envoient des lettres qui se croisent dans la poste le même jour! Chacun y déclare mettre fin à la collaboration et vouloir organiser le troisième festival en solo.

Michel Payette et Jean Hamel lors de la conférence de presse du Festival international du film Super 8 du Québec, 1982.

Le conflit devient public. Deux festivals sont annoncés, rivalisant avec deux affiches, et deux courses aux films et au financement. Le festival de l’APJCQ retourne à l’UQAM. De son côté, Clark s’associe avec Serge Losique, directeur du Conservatoire d’art cinématographique, pour tenir son festival dans leur salle, située à l’Université Concordia.

Les deux festivals affichent le logo de la Fédération internationale du cinéma Super 8, non sans susciter le malaise au sein de la Fédération, dont les membres espèrent vivement voir une entente entre les deux parties.

En janvier 1982, l’APJCQ tient une conférence de presse et publie avec fracas « La grande et la petite histoire du Festival international du Film Super 8 du Québec », document dans lequel elle dévoile les dessous de l’affaire. Un résumé de la position de l’Association est aussi publié dans le journal Plein-Cadre. Les médias s’emparent de l’histoire et y vont de plusieurs manchettes et titres chocs du style « La guerre du Super 8 éclate à Montréal ».

Finalement, le gouvernement et les institutions n’ont d’autre choix que de reconnaître les arguments de l’Association et l’appui des jeunes cinéastes québécois à leur organisation – laquelle est d’ailleurs déjà reconnue et financée par le gouvernement du Québec à titre d’organisme national de loisir culturel. Il faudra toutefois l’intervention politique du ministre Gérald Godin pour régler le conflit. Ce dernier sera l’invité d’honneur du Festival lors de la soirée de clôture.

Le Collège Ahuntsic et Richard Clark sont donc contraints de capituler, dix jours avant l’événement ! Il ne reste plus qu’à faire vite. L’équipe réussit la performance de maintenir les deux programmations et d’organiser les projections dans les deux salles annoncées. Encore une fois, le Festival est un succès.

Au long terme, la résolution de ce conflit aura des effets bénéfiques pour le Festival. Les rôles sont enfin définis. La pertinence et l’influence de l’APJCQ sont clairement démontrées et celle-ci reprend en toute légitimité le contrôle de son festival. L’équipe sort de la crise plus solidaire que jamais, ce qu’elle demeurera pendant plusieurs années. Richard Clark, pour sa part, se satisfait de conserver la direction de la Fédération internationale – ce à quoi il tenait le plus, et collabore avec plaisir au développement de la sélection internationale du festival.

Les avantages mutuels de cette collaboration se sont montrés évidents. L’alliance des deux organismes a permis d’attirer un maximum d’invités internationaux à la fois au Festival et à l’assemblée de la Fédération, confirmant Montréal comme un carrefour incontournable du cinéma Super 8 international et, par là même, offrant une vitrine privilégiée aux films Super 8 québécois en vue de leur diffusion à l’étranger.

1983-1988 : Une période de croissance, jusqu’à la mutation en festival tous formats

Pierre Jutras (à gauche, de face) et Jean Hamel (à droite, de face). 7e édition du Festival international du film Super 8 du Québec, ayant eu lieu en 1986 à la Cinémathèque québécoise.

Une fois ce conflit réglé, le festival gagne en expérience et en ampleur, alors même que la vague du Super 8 atteint un sommet au cours de ces années-là. Cette période de croissance est pour beaucoup le fruit du travail soutenu de l’Association pour le jeune cinéma québécois dont on a parlé dans la section 3. Le festival déménage de nouveau pour s’installer à la Cinémathèque québécoise. Un changement bénéfique qui permet d’offrir une expérience plus complète aux festivaliers qui peuvent plus facilement discuter avec les cinéastes d’ici et d’ailleurs. L’émission de télévision La Course autour du monde atteint à cette époque des sommets de popularité et donne au format Super 8 une visibilité accrue. Jean-Louis Boudou, concurrent remarqué de l’édition 1980-1981, présente un documentaire sur son expérience dans le cadre du 4e festival international du film Super 8 du Québec.

En 1984, le festival propose de nouveau des rencontres de réflexion sur la création en Super 8. On sent que l’arrivée de la vidéo légère vient bousculer l’optimisme qui se dégageait jusqu’à présent. Or, la qualité technique et scénaristique des films programmés n’a jamais été aussi grande. Les invités internationaux sont inspirants et témoignent de la grande diversité de la production à travers le monde. Entre le Français Joseph Morder et son journal filmé et les documentaires des Ateliers Varan de Paris animés par Élisabeth Kapnist, on retrouve des bijoux de films d’animation britanniques (Bonzo’s Last Trick de Lewis Cooper) et des films expérimentaux dignes représentants de la contre culture allemande. Sans oublier les courts métrages du Québec : Vincent Lagacé de Sylvain Bernier, Modern Love de Mario Bellemare ou Coconut Barf de François Dunn.

Tournée du Festival international du film Super 8 du Québec, 1984. Organisateurs et invités. Fonds Jean Hamel, collections de la Cinémathèque québécoise.

Bonzo’s Last Trick, Lewis Cooper, Royaume-Uni, 1983.

Le Tube, Willy Kempeneers, Belgique, 1983.

Jury des compétitions intercollégiale et nationale du 6e Festival international du film Super 8 du Québec (1985): Michèle Solans (France), Charlotte Laurier, Jean Beaudry et Yves Lever.

Le 6e festival poursuit sur sa lancée. Une des événement phare de cette édition est la présentation du documentaire Apocalypse Carle, réalisé en Super 8 par le directeur artistique Raymond Dupuis pendant le tournage du Maria Chapdelaine de Gilles Carle et mettant en vedette Carole Laure. Mais signe des temps, Kodak, l’entreprise ayant créé le format Super 8 annonce en couverture arrière du programme du festival, l’arrivé de la Kodavision 8 mm, un caméra vidéo à l’avant-garde de la technologie.

En 1985, Michel Payette quitte la direction générale de l’APJCQ et du festival. Jean Hamel prend la suite des choses et va se charger d’opérer une transition progressive vers l’intégration de la vidéo dans la programmation du festival. Ainsi, au festival de 1986, on trouve en compétition des films tournés en Super 8, mais montés et diffusés en vidéo, ainsi qu’un premier programme spécial vidéo du groupe Caméra en mouvement, présenté hors-compétition. En 1987, le virage est officialisé : la 8e édition se déroule sous le nouveau nom de Festival international du film Super 8 et de la vidéo du Québec. On crée alors des prix distincts pour le Super 8 ou la vidéo dans chacune des trois compétitions officielles.

Captation vidéo du Festival international du film Super 8 du Québec, 1985 (extraits)

Marc Gendron, président de l’Association pour le jeune cinéma québécois, et Jean Hamel, directeur du 7e Festival international du film Super 8 du Québec (1986), remettent un prix honorifique à Michel Payette, ex-directeur de l’APJCQ et du Festival.

La mutation s’achève l’année suivante : le festival se nomme désormais le Festival international du jeune cinéma, et présente des vidéos et des films de tous les formats. Lors de cette neuvième édition, seulement dix films Super 8 sont présentés, six en compétition et quatre à l’intercollégial.

Il y aura au total cinq éditions sous cette appellation de Festival international du jeune cinéma. En 1992, on assiste à la treizième et dernière édition de ce festival créé pour mettre en valeur la création en Super 8 mais qui, dans les faits, en présente de moins en moins à partir de 1988. La programmation ne comporte même plus aucun film québécois en Super 8 à partir de 1990, sauf dans la compétition intercollégiale où l’on en trouve quelques-uns jusqu’à la dernière édition. La programmation internationale a elle aussi décliné rapidement, à l’exception de quelques programmes spéciaux, consacrés notamment au cinéma d’avant-garde allemand, qui demeurait actif et continuait de circuler à travers le monde grâce au Goethe-Institut.

Conférence de presse de la 8e édition du Festival international du film Super 8 du Québec, 1987.

Marie Brazeau lors de la 7e édition du festival, 1987

Patrick Masbourian et Denis Villeneuve lors de l'édition de 1992 du Festival international du jeune cinéma.

Public en salle lors de la 8e édition du Festival international du film Super 8 du Québec, 1987.

En 1993, l’APJCQ fonde le Festival international du court métrage de Montréal. Quatre éditions auront lieu, jusqu’à ce que l’Association pour le jeune cinéma québécois cesse ses activités en 1996, pour cause d’arrêt du financement par le Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche. Le Festival international du court métrage fusionnera en 1997 avec le Festival international du nouveau cinéma et des nouveaux médias de Montréal.