A Hungarian Village
La jeunesse de la cinéaste hongroise Judit Elek a été profondément marquée par les événements du XXe siècle (l’enfance dans un ghetto pendant l’Holocauste, l’insurrection de Budapest en 1956 et, plus tard, les événements de 1968). Ce lien intime à l’Histoire est indissociable du cinéma qu’elle a créé. S’emparant de façon pionnière des techniques du cinéma direct dans la première partie de son œuvre, elle n’a jamais cessé – même dans la fiction – de scruter frontalement le réel, tout en lui insufflant une dimension poétique et en revendiquant une liberté de regard. Questionnant inlassablement les tensions sociales et les traumatismes historiques, ses films font preuve d’une attention particulière pour la complexité des interactions humaines et les émois solitaires des individus.
À Istenmezeje, un petit village du comté de Heves, le temps semble s'être arrêté. La majorité des jeunes qui viennent de terminer l'école primaire sont prêts à se plier à la pression de la communauté et à suivre les chemins empruntés par leurs parents et leurs grands-parents : les garçons vont travailler à la mine, les filles se marient. Judit Elek, réalisatrice de ce documentaire révélateur, a choisi de se concentrer sur les luttes quotidiennes et les opportunités des jeunes femmes qui préfèrent construire leur vie en fonction de leurs propres rêves et désirs. Il s'agit d'un prélude à son œuvre A Commonplace Story (1975).

Judit Elek
Judit Elek, née en 1937 à Budapest, est une réalisatrice et scénariste hongroise. Diplômée de l'École supérieure d'art dramatique et cinématographique de Budapest, elle se révèle comme une des pionnières les plus importantes du cinéma direct, une approche inspirée du documentaire qu'elle a d'abord expérimenté au studio Béla Balázs, puis à Istenmezeje. Sa première expérience de cinéma direct date de 1963 avec Rencontre (Találkozás). À travers ses premières réalisations, elle conçoit le cinéma direct « comme un mode d'expression spécifique, susceptible d'appréhender la réalité des êtres et des choses avec une profondeur que ne peut atteindre le cinéma traditionnel, en Hongrie, alors en pleine mutation. » Son premier long métrage de fiction, La dame de Constantinople (Sziget a szárazföldön), est sorti en 1969. Il s’agit d’un portrait d'une vieille dame seule obligée de se séparer d'un appartement trop coûteux. Après la réalisation d'Une simple histoire (Egyszerű történet) en 1975, elle abandonne l'expérience de cinéma direct parce qu'elle estime en avoir épuisé les potentialités, mais surtout par scrupule, car l'intrusion de la caméra dans la vie de ceux qu'elle filme peut, à la fin, les mettre en danger. En 1984, elle tourne La fête de Maria (Mária-nap) qui est une vibrante interrogation sur un des grands noms de l'histoire hongroise, le poète et patriote Sándor Petőfi. Le film est présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes. Elle fait l'objet d'une rétrospective à la Cinémathèque française en 2024.

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Judit Elek, les fantômes et les éveillés
À partir des années 1960, Judit Elek a constitué une œuvre à la fois rigoureuse et délicate, qui s’est imposée comme l’une des plus remarquables du cinéma hongrois de son temps (aux côtés de Szabó, Jancsó ou Mészáros), et que les restaurations récentes de l’Institut national du film de Hongrie permettent de redécouvrir dans les meilleures dispositions possibles.





