Joyce Wieland : classiques et nouvelles restaurations
À l'occasion des circonstances exceptionnelles liées à l'accueil du congrès annuel de la Fédération internationale des archives du film (FIAF), nous proposons une programmation qui fait la part belle aux lignes de forces de nos collections et de notre mandat : joyaux du cinéma d'animation, commandes d'œuvres en première mondiale, fictions nouvellement restaurées, documentaires consacrés aux questions patrimoniales et au réemploi des archives.
Cette artiste, plasticienne et cinéaste accomplie, est l'une des figures majeures du cinéma expérimental nord-américain des années 1960. Puisque nous conservons l'ensemble de ses films, nous nous sommes associés au Musée des beaux-arts de Montréal et à l'Art Gallery of Ontario afin de restaurer pour la toute première fois quelques-uns de ses titres phares.
En effet, les deux institutions muséales présentent en ce moment-même une rétrospective de ses œuvres plastiques. Cette programmation est une occasion de découvrir une artiste dont la démarche singulière s'inscrit dans la mouvance du cinéma expérimental de la côte est des années 1960, sensible aux effervescences du cinéma structurel comme à la lutte pour les droits civiques. À la même époque, elle aborde aussi dans quelques films audacieux la question des nationalismes québécois et canadien.
Dans l'intimité de sa cuisine, Wieland se met elle-même en scène et filme les effets de l'eau et de la lumière à travers le prisme d'objets en verre. Grâce à ses expérimentations, elle fait surgir l'extraordinaire du quotidien.

L'observation de jeunes filles formées à la dactylographie dans un centre d'emploi : sous l'œil de Wieland, chaque geste, chaque infime mouvement témoignent de leur existence, de leur déracinement et de leur vitalité.

Au son incessant des vagues, un petit voilier file vers un horizon indisctinct, entre le ciel et la mer, et vers le bord du cadre. Un intrus s'immisce dans ce tableau lointain et trouble son immuabilité.

Des rongeurs emprisonnés aux États-Unis par un chat cherchent refuge au Canada. Parabole sur l'oppression politique et l'impérialisme américain, le film fut considéré par Jonas Mekas comme étant « peut-être le meilleur (ou le plus riche) film politique du moment ».

« Il a livré trois manifestes, sans s'arrêter, sauf pour le changement de bobine et lorsque la caméra est tombée en panne : 1) le Mont Laurier; 2) l'histoire du Québec; 3) la libération des femmes. Tout ce qui s'est passé est enregistré sur pellicule. C'était un one-shot, soit je le filmais, soit je le ratais. Ce qu'on voit sur la pellicule, c'est la bouche d'un révolutionnaire d'extrêmement proche, ses lèvres, ses dents, sa salive, sa langue qui roule si joliment dans son français, et enfin, les reflets dans ses dents de la fenêtre derrière moi. » (Joyce Wieland)

Joyce Wieland
Joyce Wieland est une peintre et réalisatrice expérimentale canadienne née à Toronto. Artiste polyvalente, elle s'adonne à ses débuts à la peinture, aux collages et à l'assemblage. De 1962 à 1971, elle s’installe à New York avec son conjoint, l’artiste Michael Snow, où, tout comme lui, elle réalise des films expérimentaux. Son travail rencontre assez de succès pour être présenté dans des institutions comme le Museum of Modern Art de New York. En 1971, elle devient la première artiste canadienne à avoir une exposition solo au Musée des beaux-arts du Canada avec True Patriot Love. En 1982, elle est faite Officier de l'Ordre du Canada, et en 1987, elle reçoit le Prix des arts visuels de la Toronto Arts Foundation. Elle est aussi membre de l'Académie royale des arts du Canada. Ses œuvres explorent des thèmes tels que l’écologie, le féminisme, la politique et la cause des peuples autochtones.

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