La jeunesse de la cinéaste hongroise Judit Elek a été profondément marquée par les événements du XXe siècle (l’enfance dans un ghetto pendant l’Holocauste, l’insurrection de Budapest en 1956 et, plus tard, les événements de 1968). Ce lien intime à l’Histoire est indissociable du cinéma qu’elle a créé. S’emparant de façon pionnière des techniques du cinéma direct dans la première partie de son œuvre, elle n’a jamais cessé – même dans la fiction – de scruter frontalement le réel, tout en lui insufflant une dimension poétique et en revendiquant une liberté de regard. Questionnant inlassablement les tensions sociales et les traumatismes historiques, ses films font preuve d’une attention particulière pour la complexité des interactions humaines et les émois solitaires des individus.
Budapest, 1952. Un jour, Kati, une jeune fille rêveuse de 13 ans, apprend que sa mère est décédée. Comme son père travaille à la campagne, la jeune fille continue de vivre dans le même appartement avec d'autres locataires, bien qu'en réalité, elle soit totalement laissée à elle-même. Dans son imagination, elle ressuscite sa mère tant aimée, qui continue ainsi à veiller sur elle. Tout le monde a pitié d'elle parce qu'elle est orpheline, mais cette dernière n'est pas intéressée par les amabilités vides de sens. Elle cherche à vivre ses propres expériences et décide de suivre sa propre voie. En l'espace d'un an, l'adolescente rêveuse devient une jeune femme. Le roman de la réalisatrice Judit Elek (1964) est à l'origine de ce film.

Judit Elek
Judit Elek, née en 1937 à Budapest, est une réalisatrice et scénariste hongroise. Diplômée de l'École supérieure d'art dramatique et cinématographique de Budapest, elle se révèle comme une des pionnières les plus importantes du cinéma direct, une approche inspirée du documentaire qu'elle a d'abord expérimenté au studio Béla Balázs, puis à Istenmezeje. Sa première expérience de cinéma direct date de 1963 avec Rencontre (Találkozás). À travers ses premières réalisations, elle conçoit le cinéma direct « comme un mode d'expression spécifique, susceptible d'appréhender la réalité des êtres et des choses avec une profondeur que ne peut atteindre le cinéma traditionnel, en Hongrie, alors en pleine mutation. » Son premier long métrage de fiction, La dame de Constantinople (Sziget a szárazföldön), est sorti en 1969. Il s’agit d’un portrait d'une vieille dame seule obligée de se séparer d'un appartement trop coûteux. Après la réalisation d'Une simple histoire (Egyszerű történet) en 1975, elle abandonne l'expérience de cinéma direct parce qu'elle estime en avoir épuisé les potentialités, mais surtout par scrupule, car l'intrusion de la caméra dans la vie de ceux qu'elle filme peut, à la fin, les mettre en danger. En 1984, elle tourne La fête de Maria (Mária-nap) qui est une vibrante interrogation sur un des grands noms de l'histoire hongroise, le poète et patriote Sándor Petőfi. Le film est présenté dans la section Un Certain Regard au Festival de Cannes. Elle fait l'objet d'une rétrospective à la Cinémathèque française en 2024.

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Judit Elek, les fantômes et les éveillés
À partir des années 1960, Judit Elek a constitué une œuvre à la fois rigoureuse et délicate, qui s’est imposée comme l’une des plus remarquables du cinéma hongrois de son temps (aux côtés de Szabó, Jancsó ou Mészáros), et que les restaurations récentes de l’Institut national du film de Hongrie permettent de redécouvrir dans les meilleures dispositions possibles.





