Twin Peaks: Fire Walk with Me
Du parcours kafkaïen de Henry Spencer dans Eraserhead à l’errance cauchemardesque de l’héroïne d’Inland Empire, David Lynch n’a cessé de nous entraîner hors des sentiers battus et au bord de précipices insoupçonnés. Aux routes sinueuses de la psyché humaine et de l’inconfort répondent chez lui les méandres de la déconstruction narrative et de la mise en abyme. Le cinéaste ouvre ainsi les portes de mondes parallèles qui renvoient un reflet déformé à nos attentes et mettent à l’épreuve notre passivité de spectateur. Il n’y a jamais de mauvais prétexte pour revisiter l’intégralité de cette œuvre foisonnante et en éprouver le vertige.
Dans la ville de Twin Peaks, tout le monde a ses secrets, mais surtout Laura Palmer (Sheryl Lee). Dans ce préquel de sa série télévisée révolutionnaire des années 1990, David Lynch ressuscite l'adolescente retrouvée enveloppée dans du plastique au début de la série, la suit tout au long de la dernière semaine de sa vie et élucide les énigmes qui entourent son meurtre. Reine du bal le jour et toxicomane la nuit, Laura mène une double vie qui l'entraîne de plus en plus loin dans l'horreur à mesure qu'elle reconstitue l'identité de l'agresseur qui la terrorise depuis des années. Cauchemardesque dans sa vision d'une innocente déchirée par des forces insondables, Twin Peaks : Fire Walk with Me est néanmoins l'un des films les plus humains de Lynch, empreint de compassion pour son héroïne torturée, un personnage aussi fascinant dans la vie que dans la mort.

David Lynch
David Lynch est un cinéaste, scénariste et artiste visuel américain. Il a réalisé dix longs métrages sortis entre 1977 et 2006, et la série culte, Twin Peaks, initialement diffusée en 1990-1991 et prolongée en 2017. Nommé à l'Oscar du meilleur réalisateur pour The Elephant Man (1980), Blue Velvet (1986) et Mulholland Drive (2001), il a reçu la Palme d'or au Festival de Cannes en 1990 pour Wild at Heart, un Lion d'or d'honneur à la Mostra de Venise en 2006, ainsi qu'un Oscar d'honneur en 2019. Son style novateur et surréaliste, parfois qualifié de « lynchien », a captivé le public et la critique par son imagerie onirique et sa conception sonore méticuleuse. L’aspect parfois violent et dérangeant de ses films lui a valu la réputation de « déranger, d'offenser ou de mystifier » son public. L'œuvre de Lynch porte un regard sombre et halluciné sur l'inquiétante réalité humaine qui se dissimule derrière le vernis social, au sein des petites villes américaines (Blue Velvet, Twin Peaks) comme à Los Angeles (Lost Highway, Mulholland Drive). Au-delà de sa carrière de cinéaste, il s'est illustré dans plusieurs disciplines artistiques, se faisant connaître comme peintre, photographe, musicien, designer ou vidéaste web.
Photo : Collections de la Cinémathèque québécoise





