Plus d’une trentaine d’extraits vidéo des conférences et débats sont présentés dans ce dossier. Ils sont regroupés selon les thèmes suivants :
- Attentes et espoirs des participants aux Rencontres
- Diversité des expériences en présence
- La situation en Amérique latine
- La question de la forme, de l’esthétique des films
- Les principales résolutions des Rencontres de 1974
- Les R.I.N.C. s’amusent…
Toutes les captations ont été enregistrées sur vidéobobine 1/2 pouce en juin 1974 et sont conservées dans les collections de la Cinémathèque québécoise.


Attentes et espoirs des participants
Durant les premières journées de l’événement, les contradictions se sont vite exacerbées, probablement en raison de la grande disparité des réalités et des expériences de chacun. Cependant, dans les jours suivants, les interventions qui animent les assemblées vont rapidement – et unanimement – remettre les pendules à l’heure. Alors que les participants apprennent à se connaître et à voir les réalités de chacun en face, s’amorce enfin la recherche de terrains d’entente.
Diversité des expériences en présence
Pour l’ensemble des participants, une présence à Montréal répondait à une variété de critères. Il y avait néanmoins un consensus, celui d’avoir l’occasion d’échanger avec d’autres cinéastes venus du monde entier à un moment où le cinéma traversait de profonds bouleversements. Les changements apportés par les nouvelles vagues en France, en Italie, en Allemagne et ailleurs avaient ouvert la voie à un Autre cinéma. D’autres pays – comme la Suisse, la Belgique, la Hollande, la Suède ou le Danemark – vivaient aussi l’émergence de leurs propres cinématographies nationales. Ce vaste phénomène était issu de la pensée critique d’après-guerre (Bazin et les Cahiers du Cinéma en tête) tout comme des grandes théories politiques et esthétiques du marxisme (Vertov, Balazs, Adorno, Brecht, Arnheim, Benjamin ou Kracauer). Plusieurs voyaient également dans les expériences canadienne et québécoise de Société Nouvelle / Challenge for Change et du Vidéographe une démarche exemplaire des idéaux de Mai 1968 et du climat social de l’époque. Mouvement qui coïncidait chez nous avec l’émergence de notre propre cinématographie.
Les cinéastes venus de ce que nous nommions alors le « Tiers-Monde » étaient aux prises avec des dictatures ou une absence de véritable démocratie dans leur pays. Plusieurs d'entre eux vivaient alors en exil et utilisaient le cinéma comme outil d’information. À travers les écrits de Glauber Rocha, Fernando Solanas ou Julio García Espinosa, ils avaient élaboré leur propre théorie pour « libérer » le cinéma du joug industriel. Ils avaient vu dans cet événement l’opportunité de se retrouver d’abord entre eux, et aussi de se confronter aux idées venues d’Europe. De part et d’autres, ce mouvement planétaire posait la question de la forme des films en même temps qu’il remettait en question la structure économique du cinéma. Tous et chacun cherchaient à Montréal l’occasion de comparer et/ou de mettre en commun des moyens et des outils propres à changer le cinéma.
Les extraits qui suivent mettent en perspective ces diverses aspirations. Voici la liste de ceux qui ce sont exprimés en ce sens dès les premiers jours de la conférence.
La situation en Amérique latine
Le manifeste de Solanas et Getino, « Vers un troisième cinéma », était issu d’une réalité bien concrète : celle de l’Argentine sous la dictature et par la suite sous le peronnisme. Le propos radical de ce document de 15 000 mots s’inscrivait dans la foulée de celui de Glauber Rocha (« Pour une esthétique de la faim ») et précédait celui de Julio García Espinoza (« Pour un cinéma imparfait »). Influencés par la lutte anti-fasciste menée dans ces pays et la situation d’un cinéma post-révolutionnaire à Cuba, plusieurs ont semblé oublier la teneur du débat formel et esthétique que posaient ces trois manifestes, lequel était le produit de situations pré-révolutionnaires. Appliqués à la lettre dans des pays où la lutte était d’un ordre social et politique totalement différent, ces manifestes ont donné lieu à quelques glissements rhétoriques que les auteurs ont tenu à nuancer.
ESPINOSA ET LES CODES DU DOMINANT : Panel sur le cinéma latino-américain : Fernando Solanas (Argentine), Julio García Espinosa (Cuba), Rodolpho Broullon (New-York, États-Unis d’Amérique), Humberto Ríos (Argentine), Mario Handler (Uruguay). Traduction en anglais à la table par Gino Lofredo et Rodolpho Broullon.
FERNANDO SOLANAS ET LA SITUATION EN ARGENTINE : Fernando Solanas, Edgardo Pallero et Humberto Ríos (Argentine).
La question de la forme, de l’esthétique des films
L’exemple latino-américain posait tout autant la question politique qu’esthétique. Le modèle cinématographique dominant oblige à poser la question de la forme des films ; celle de la critique des codes tout autant que du mode de production et de diffusion des films. Les trois manifestes cités ci-dessus en témoignent. Dans les pays occidentaux, où la lutte est d'un tout autre ordre, les limites de certaines expériences de production et de diffusion soulèvent à leur tour cette même question. Certains des échanges regroupés dans ce « bloc » en témoignent.
Les principales résolutions des RINC 1974
Deux séances plénières viendront conclure les RINC, où seront entre autres adoptées des résolutions qui vont assurer une certaine pérennité à cet événement. D'une part, la création de la Federación Latinoamericana de Cineastas (FELACI) – elle-même modelée sur le modèle de la FEPACI (Fédération panafricaine des cinéastes) – qui organisera des rencontres similaires au Vénézuela en septembre 1974 (Caracas), 1976 et 1977 (Mérida). Cet organisme deviendra le Comité de Cineastas de América Latina en 1977 (C-CAL), qui fondera à son tour la Fundación del Nuevo Cine Latinoamericano en 1985 (FNCL). Organisme culturel d'importance, cette fondation toujours active aujourd'hui a son siège à La Havane et fut présidé par Gabriel García Márquez depuis sa création jusqu'en 2005. Une autre résolution proposée par des cinéastes des pays d'Europe et du Québec mènera à l'organisation de nouvelles Rencontres à Pesaro dès cette même année, puis à Stockholm en 1976 sous l'égide du Film Centrum. D’autres réunions similaires furent ensuite organisées à Rennes (1977 et 1979), à Paris (1977) à Utrecht (1979) et finalement à New York (1979). Cette dernière fut organisée par un regroupement de cinéastes et d'organismes progressistes américains, dont faisaient partie les revues Cineaste, JumpCut et Third World Newsreel, ainsi que le Tricontinental Film Center, dirigé par Gino Lofredo et Rodolpho Broullon, présents aux Rencontres de Montréal.
Les RINC s’amusent…
Extraits d’une bobine où, à la sortie de la salle de la bibliothèque Saint-Sulpice, Francisco León, de la revue Ciné Cubano, organise une séance photo avec les cinéastes portugais venus présenter O Mal-Amado (Fernando Matos Silva, António da Cunha Telles et Álvaro Guerra). Puis une rencontre entre des cinéastes africains et arabes (Tahar Cheriaa, Med Hondo, Lamine Merbah et Férid Boughedir), en compagnie de Fernando Solanas, est l’occasion d’une petite leçon de cinéma direct pour la jeune cinéaste Tahani Rached, qui tenait la principale caméra lors de l’enregistrement de cet événement par le Vidéographe.


































