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Genèse des Rencontres
February 2024

Chronologie des événements qui, entre 1962 et 1974, ont mené aux RINC de Montréal.
Note : embauché par la Cinémathèque canadienne au début de l'année 1966, j’ai d’abord coordonné le Cycle Canadien à Berlin (1968), puis programmé, jusqu’à mon départ fin 1970, des cycles autour des nouveaux cinémas yougoslave, hollandais, suisse, belge et sénégalais.

1962-1964

  • 1962 : Forte présence du cinéma « canadien » dans les revues et quotidiens en France (Les Cahiers du cinéma, Positif, Les Lettres françaises, Le Monde, etc.).

  • 1963 : Création de l’Association professionnelle des cinéastes (APC) et publication de diverses études et mémoires en vue de la création d’un institut du cinéma.

  • 1964 : Texte de Denys Arcand sur les limites de l’ONF dans Parti Pris.

  • 1964 : Création de la Mostra internazionale del Nuovo Cinema à Pesaro (Italie). Présence marquée du cinéma indépendant et des nouvelles cinématographies.

1965-1967

  • 1965 : Création de la Mostra internazionale del cinema libero à Poretta Terme (Italie).

  • 1966 : Publication du dossier « Cinéma Si » dans la revue Liberté (Vol.8 n°2-3).

  • 1966-1967 : Création de la Société de développement de l’industrie cinématographique canadienne (SDICC).

  • 1967 : Création de Challenge for Change/Société Nouvelle à l’ONF.

  • 1967 : Inauguration du Festival Internacional de Cine de Viña del Mar (Chili).

1968

  • Congrès du cinéma québécois, qui mènera à la création du Conseil québécois pour la diffusion du cinéma (CQDC). Voir à ce sujet l’article de Jean-Louis Lalonde, « Le congrès du cinéma québécois » (Séquences, n° 52, 1968, p. 24-29).

  • 10-16 février, Montréal : « La semaine politique » au Cinéma Verdi, en présence de Jean-Luc Godard.

  • Mai 1968 en France et ses répercussions à travers le monde.

  • Création en France du groupe Slon-Iskra à l'initiative de Chris Marker, production des Ciné-Tracts.

  • Woche des jugen Films, Festival de Berlin. Pays invité : Canada.

  • Automne : Godard se rend dans la région de l’Abitibi (Québec, Canada).

1969

  • Participation au Festival du film yougoslave de Pula et organisation d’un cycle spécial (en collaboration avec le Museum of Modern Art de New York) présenté à la Cinémathèque canadienne en décembre 1969.

  • Publication par le groupe Cine Liberación du document Cine, cultura y descolonozación qui comprenait le manifeste « Hacia un Tercer Cine » de Fernando E. Solanas et Octavio Getino.

  • Création du groupe Ukamau en Bolivie par Jorge Sanjinés.

  • Mostra de Pesaro : présentation et débat autour du manifeste « Vers un troisième cinéma ».

  • Festival du film de Ouagadougou et création de la Fédération panafricaine des cinéastes (FEPACI).

  • Festival culturel panafricain d’Alger, qui rassemblait tout ce qui bougeait dans les cultures du continent.

1970

  • Dans le cadre de mon travail à la Cinémathèque canadienne, j'organise deux cycles spéciaux autour des jeunes cinématographies nationales, consacrés à la Hollande (février) et à la Suisse (mai). Publication d’une brochure spéciale sur la situation du cinéma dans ces pays.

  • Début d’un séjour de deux ans en Europe grâce à une bourse spéciale, afin de mener une recherche approfondie sur les mouvements et actions diverses visant à changer le cinéma, ses structures et son rôle.

1971-1973

  • 1971 : Opération « Le cinéma canadien montre les dents » par le SDICC au Festival de Cannes.
  • 1971 : Création du Vidéographe, Montréal.
  • 1971 : Participation à la Mostra de Pesaro (septembre).
  • 1971 : Poretta Terme : Publication des « 4 proposte de cinema politico » par les Cahiers du Cinéma, Cinéma ’71, Cinéthique et Positif. Présentation des films tournés par Jean-Luc Godard en Italie.
  • 1972 : Création du FESPACO (Festival panafricain du cinéma) à Ouagadougou, qui alternera avec Carthage à partir de 1974.
  • 1972 : Programmation et publication d’un dossier sur la situation du cinéma en Belgique pour la Cinémathèque québécoise (février).
  • 1972 : Programmation de films québécois aux Journées cinématographiques de Carthage (septembre).
  • 1972 : Présence à la Rencontre d’Alger entre cinéastes africains et d’Amérique latine (octobre).
  • 1973 : Programmation d'un cycle « Cinéma sénégalais » avec la Cinémathèque québécoise (janvier).
  • 1973 : Création au mois de mars du Comité d’action cinématographique (CAC) à Montréal, en vue de l’organisation des Rencontres internationales pour un nouveau cinéma (RINC).
  • 1973 : Première lettre d’appel aux intervenants internationaux ciblés (juin).
  • 1973 : Coup d’État au Chili le 11 septembre et renversement du gouvernement socialiste de Salvador Allende.
  • 1973 : Deuxième rencontre d'Alger et création du Comité de Cine del Tercer Mundo / Bureau Cinéma du Tiers-Monde (décembre).
  • 1974 : Programme « Cinéma tunisien » avec la Cinémathèque québécoise (février).
  • 1974 : Révolution des Œillets au Portugal (avril).
  • 1974 : Nouvelle rencontre à Buenos Aires du Bureau Cinéma du Tiers-Monde (mai).
  • 1974 : Rencontres internationales pour un nouveau cinéma, à Montréal, du 2 au 8 juin.
  • 1974 : Publication à Caracas de Por un cine latino Americano et création de la Federacion latinoamericana de cineastas (FELACI).

Les manifestes de Rocha, Solanas et Espinoza

Les trois textes qui suivent ont été repris sous diverses formes et dans des contextes parfois très différents. Ils témoignent des bouleversements politiques et culturels qui ont traversé l’Amérique latine dans la deuxième moitié des années 1960, et jusqu’au début des années 1970, coïncidant avec l’émergence d’un nouveau cinéma venu des pays du Sud. Ces bouleversements ont également coïncidé avec ceux qui ont contribué à un renouveau cinématographique fondamental dans les pays occidentaux et qui sont évoqués dans plusieurs documents de ce dossier.

« Esthétique de la faim » de Glauber Rocha

Le manifeste de Glauber Rocha est en quelque sorte une « commande », écrite dans des circonstances très précises. Le texte devait être présenté en janvier 1965, sous la forme d’une communication écrite et orale, à l'occasion d’une rétrospective de cinéma latino-américain à Gênes, qui comprenait un hommage au Cinema Novo brésilien. Plus qu’une simple communication, il s’agit d’un texte à valeur de manifeste, qui s’inscrit contre les « forces colonisatrices » qui cherchaient à figer le mouvement du cinéma brésilien dans les clichés installés à son sujet par les observateurs extérieurs. Il a été rédigé à un moment où Rocha, qui avait quitté le Brésil suite à l’entrée en scène de la dictature militaire, commençait à transformer son voyage permanent en exil. Devenu en quelque sorte le manifeste de ce « nouveau cinéma », ce texte traduit les aspirations de la jeunesse brésilienne. Ses images baroques, que sous-tend la dénonciation des inégalités sociales, lui valent bien des honneurs, tant en Europe qu’en Amérique. L’« Esthétique de la faim » est certainement le texte le plus célèbre de Glauber Rocha, et le plus souvent traduit en diverses langues.

Le texte peut être consulté sur les sites Internet suivants :

  • En portugais : Rocha, Glauber. « Eztetyka da fome ». [Document électronique], Hambre. Espacio cine experimental.
  • En français : « Esthétique de la faim ». [En ligne], DÉRIVES.tv.
  • En français : [Rocha, Glauber ; Pereira Dos Santos, Nelson. « Esthetique de la faim ». [En ligne], ZinTV].
  • En anglais : Rocha, Glauber, “The Aesthetics of Hunger”, dans Scott MacKenzie (dir.), Film Manifestos and Global Cinema Cultures: A Critical Anthology, Berkeley: University of California Press 2014, pp. 13-14.
  • En espagnol : Rocha, Glauber, « La estética del hambre ». [Document électronique]. Euraca, Dossier Glauber Rocha, pp. 52-55.

« Vers un troisième cinéma » d’Octavio Getino et Fernando Solanas

C’est le document qui a le plus circulé des trois cités ici. La première déclaration du groupe Cine Liberación date de 1968, soit en pleine dictature militaire. Son objectif principal était de faire le point sur les actions menées avec le film La Hora de Los Horno (L’heure des brasiers). Dès l’année suivante paraissait en Argentine le manifeste « Vers un troisième cinéma », qui coïncidait avec les événements de 1968 en Europe. Lancé avec le film lors du Festival internazionale del Nuovo Cinema de Pesaro, le document est vite devenu l’étendard d’un certain nouveau cinema, plus affirmé politiquement parlant et qui se situait à la marge du cinema industriel traditionnel, tout comme à celle d’un certain cinema d’auteur, plus progressiste, tout en affirmant des valeurs formelles. Il relégua un peu aux oubliettes de l’histoire celui de Glauber Rocha, tout en s’en inspirant, puisqu'à l'instar de Rocha, Solanas et Getino y rejetaient les clichés du cinéma soi-disant tiers-mondiste. Sa publication comprenait un bilan complet de l’expérience du groupe Cine Liberación en 1973, soit avec le retour de la démocratie et du peronnisme, et sous le titre « Cine, cultura y descolonización ».

Le texte peut être consulté aux liens suivants :

« Pour un cinéma imparfait » de Julio García Espinosa

Écrit en 1969 et publié dans la revue Cine Cubano, ce texte est une forme de réponse à ces deux précédents manifestes importants. Espinosa y défend l’idée d’un retour aux théories de Brecht dans les Caraïbes, c’est-à-dire la nécessité de créer un nouveau type de film pour un nouveau type de spectateur. Démarche illustrée dans son film Las aventuras de Juan Quinquin, où il reprend les codes d’un cinéma de « genre », en lui inculquant un discours politique différent.

Le texte peut être consulté sur les sites Internet suivants :

Documents préparatoires

Ces trois documents ont été rédigés dans une sorte d’urgence, vers la fin de mon séjour en Europe, soit au moment où je venais de compléter un tour d'horizon des expériences en cours en participant à différents événements, où j’avais pu présenter l’idée des Rencontres.

« Présentation du projet », André Pâquet, Amsterdam, août 1971

Le premier texte date du mois d'août 1971, alors que j’étais encore basé à Amsterdam, et donne les raisons et les grandes lignes de la situation que j’ai pu observer au cours de mes deux années dans différents pays, et fait état de mes rencontres avec les expériences en cours. Il s’inscrit pour moi dans la foulée de l’organisation de deux cycles sur le Jeune cinéma en Hollande et en Suisse, préparés pour la Cinémathèque québécoise. Deux événements que l’on peut considérer comme préparatoires et qui précédaient un cycle similaire autour du Jeune Cinéma en Belgique en 1972.

« Projet de manifestation », André Pâquet, Montréal, le 3 février 1973

Le deuxième texte a été rédigé à mon retour à Montréal et envoyé à plusieurs amis, contacts et cinéastes du Québec, dans le but de les mobiliser autour de l’idée de ces Rencontres. Il a servi à jeter les bases du CAC tout en nous permettant de mettre en pratique certaines idées développées dans le texte précédent qui, à leur tour, ont donné lieu à des actions organisées avec la collaboration de la Cinémathèque québécoise. Par exemple, les cycles consacrés au cinéma du Sénégal et de la Tunisie.

« Projet pour les Rencontres internationales pour un nouveau cinéma », André Pâquet, Montréal, le 13 juin 1973

Le troisième texte représente la première ébauche du projet des Rencontres en tant que tel. Il avait comme objectif d’élargir notre base de consultation. Il donne les premières grandes lignes de l’événement et sert de plan préparatoire pour les RINC, dont la structure et l’organisation vont être développées dans l’année qui suit.

Historique du Comité d’action cinématographique (CAC)

Avant mon retour d’Europe en août 1972, un projet encore vague avait été envoyé à des collaborateurs, amis et divers contacts institutionnels à propos de ces Rencontres. Il s’agissait de réunir sur une base large un groupe de travail permettant d’assurer le sérieux de l’entreprise auprès des différents organismes appelés à soutenir le projet.

Début 1973, Gilles Groulx, Carol Faucher, Arthur Lamothe, Jean Pierre Lefebvre et Roger Frappier m’ont alors aidé à jeter les bases du projet. Il s’agissait de former un comité ad hoc élargi, afin de mieux réfléter le milieu en prévision de l’événement décrit dans le document daté du 3 février 1973.

Dès le mois de juin 1973, nous avions en main un document avec une description assez précise de ce que devait être l’événement. Ce document fut largement diffusé tant ici, au Québec, qu'au Canada ou ailleurs en Amérique et en Europe. La liste des personnes auxquelles il a été envoyé apparaît au bas du document. Fin septembre, nous avions compilé les commentaires et suggestions, et reçu quelques garanties de la part des institutions et des individus contactés. Dario Pulgar (récemment arrivé du Chili suite au coup d’État) a rejoint le Comité d’organisation vers la fin 1973. C’est ce document qui fut également soumis à un Comité de consultation international qui rassemblait plus ou moins les responsables des différents organismes, groupes et associations que j’avais rencontrés pendant ma recherche au cours des trois ou quatre années précédentes.

Au lendemain des Rencontres, en 1975, nous avons senti le besoin de restructurer le CAC et d’y adjoindre d’autres intervenants concernés ou impliqués directement dans les actions du milieu, et qui œuvraient au développement de notre propre cinématographie. Jean Chabot, Maurice Bulbulian, Jacques Leduc, Tahani Rached se sont alors joints aux Groulx, Faucher, Frappier et Pulgar, et ce comité « reformé » a commencé à entreprendre diverses actions et événements qui s’inscrivaient dans la foulée des Rencontres. L’idée d’une publication faisait alors son chemin et il y eut les Rencontres européennes de Stockholm en 1976. En 1977, nous tenions une sorte de « lac-à-l’épaule » (une retraite), où nous avons déterminé toute une série d’actions consacrées à la promotion – chez nous – des cinémas nationaux. Par exemple : la présentation de plusieurs films africains et arabes, des tout premiers documentaires chiliens sur le coup d’État, de films des coopératives de cinéma portugaises tournés pendant la révolution des Œillets, de films du groupe Film Centrum et du groupe Iskra, ainsi que du Fond de l’air est rouge de Chris Marker, et l’organisation de plusieurs autres événements dans la lignée des Rencontres. Mais fin 1979, alors qu’il était devenu très difficile de faire avancer certains projets auxquels nous tenions, le CAC décide de se saborder.

Dans les listes qui suivent, les noms en caractère gras sont ceux du « noyau dur » du groupe, suite à la refonte du CAC en avril 1975 et jusqu’à sa dissolution en 1979.

Comité organisateur des RINC de 1972 À 1975

Gilles Groulx
Carol Faucher
Claude Godbout
Marc Daigle
Guy Bergeron
Fernand Dansereau
Roger Frappier
Arthur Lamothe
Jean Pierre Lefebvre
René Boissay
Raymond-Marie Léger
Sec. Gén. André Pâquet

Consultatif hors-Québec pour l’événement de 1974

Werner Allen – Vancouver
Sandra Gathercole – Toronto
Kirk Tougas – Vancouver

De 1975 à 1979

Jean Chabot
Maurice Bulbulian
Jacques Leduc
Tahani Rached
Dario Pulgar

Le CAC a pu également compter sur les personnes suivantes à titre de collaboration diverse :
Mary Kostman, administration
Noël Cormier, affiche et graphisme
Cléo Pace, textes et révisions
Andrée Dandurand, traduction
Dario Pulgar, traduction
Robert Daudelin, conseiller spécial

Comité consultatif international

Nick Hart-Williams, Other Cinema, Londres
Carl-Henrik Svenstedt, Film Centrum, Stockholm
Ababacar Samb, Fédération panafricaine des cinéastes, Dakar
Marian Handwerker, Front pour un autre cinéma, Bruxelles
Rodolpho Broullon, Tricontinental, New York et San Francisco
Tahar Cheriaa, AGECOOP, Paris et Tunis
Inger Servolin, Slon-Iskra, Paris
Freddy Landry, Association pour un centre suisse du cinéma, Neufchatel
Gary Crowdus, Cineaste Magazine, New-York
Fernando Solanas, Grupo Cine Liberación, Buenos Aires
Dola Bonfils, KPH Film-Coop.