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L’émergence d’un nouveau cinéma véritablement libre et indépendant
September 2026
Dans cette longue marche de l’histoire, la révolution Super 8 marque donc le début de la démocratisation du cinéma et de la prise de parole par l’audiovisuel.

Désormais accessible, cette technologie offrait désormais la possibilité à des personnes qui n’avaient jamais filmé de s’exprimer et de poser un regard différent sur le monde dans lequel elles vivaient. Cette révolution technologique a donc aussi été culturelle, donnant naissance à un renouveau cinématographique. Un nouveau cinéma du réel, vrai, authentique, filmé dans les cuisines et les salons de tous les pays. Un détournement de réalité comme le dit cette caricature du magazine Débobinons (à droite).

Le Super 8 a ainsi permis l’émergence de nouveaux cinéastes indépendants sur tous les continents, et a été rapidement adopté par des groupes et des individus marginalisés, qui n’avaient pas eu jusque-là la possibilité d’accéder au langage cinématographique.

Des pays qui n’avaient pas encore de véritable cinématographie nationale ont pu commencer à s’en créer une à leur image. Des groupes de résistance et de combat y ont trouvé un moyen de faire connaître leurs luttes. Des artistes d’avant-garde en ont fait un terrain d’expérimentation. Les minorités sexuelles ont pu s’exprimer librement, dans leurs propres termes. Les cinéastes d’animation avaient désormais leur studio à la maison. Les écoles de cinéma étaient en mesure de tourner plus de productions. Partout, une nouvelle relève cinématographique a pu expérimenter et s’exprimer. Une citation du critique de La Presse Serge Dussault, après son passage au Festival international du film Super 8 du Québec de 1983, résume parfaitement l’essence de ce mouvement :

Chose certaine, le Super 8 n’est pas du sous-cinéma. C’est du cinéma qui, coûtant infiniment moins cher, échappe à la censure des fonctionnaires et à la dictature de l’argent. C’est le cinéma de la liberté. Techniquement, il fait des progrès remarquables. On en a eu la preuve avec le film d’ouverture du festival, « Le faiseur de miracles ». Tourné en Super 8, gonflé en 35mm et présenté hier matin en format vidéo, le film du Vénézuélien Julio Neri paraissait techniquement impeccable. Du cinéma professionnel ? On peut le dire. Mais aussi du cinéma d’amateur, du cinéma jeune, du cinéma de mordus…
Serge Dussault, « Le cinéma de demain? », La Presse, 15 février 1983, p. B12.

Vincent Toledano parle lui aussi de « l'esprit du Super 8, revendiqué comme cinéma à part entière, cinéma politique, du Tiers-Monde, de la désobéissance civique et de la résistance sociale ».

Bref, sur tous les continents, on assistait à cette explosion de nouveaux talents et à l’émergence de formes cinématographiques innovantes. Mais notre histoire n’aurait pas été la même si plusieurs cinéastes de différents pays n’avaient pas réussi à se rejoindre et à s’organiser pour diffuser leurs films, comme ils l’ont fait, à travers un réseau international parallèle et alternatif.

Un réseau se tisse : la Fédération internationale du cinéma Super 8

Les origines de ce réseau remontent à un premier festival de films Super 8 organisé à la fin de 1973, au théâtre Le Ranelagh, à Paris, par Jérôme Diamant-Berger, Dimitri Davidenko et Yves Rollin. Le même groupe enchaîne l’année suivante avec deux événements, à Paris et à New York, qui sont l’occasion de premières rencontres entre des cinéastes Super 8 de différents pays et continents.

C’est en 1975, lors du 1er Festival international du film Super 8 de Téhéran, qu’est créée, sur une base informelle et bona fide, la Fédération internationale du cinéma Super 8. Ses fondateurs des pionniers comme Bassir Nassibi (Iran), Julio Neri (Venezuela), Yves Rollin (France), Robert Malengreau (Belgique), Lenny Lipton (E.U.), Howard Guttenplan (E.U), Enrique Lopez Manzano (Espagne) et quelques autres, en deviendront les premiers dirigeants. Le secrétariat est établi à Bruxelles.

La mission, les objectifs et les règlements de l’organisation sont précisés et adoptés l’année suivante, lors du 2e festival de Téhéran, au cours d’une assemblée tenue le 9 octobre 1976, dont on peut lire le procès-verbal dans notre dossier d’archives sur la Fédération. Ces objectifs visent essentiellement à faire la promotion internationale du medium Super 8, à partager l’information entre les pays, à soutenir les pays moins favorisés et surtout à faciliter la circulation des films et des cinéastes entre les différents festivals, notamment en harmonisant leur calendrier. Il faut aussi savoir que les films, souvent des copies originales, sont la plupart du temps transportés comme des effets personnels dans les bagages des membres de la Fédération, évitant ainsi les risques de colis perdus, les formalités complexes et les frais de douane.

Tel que raconté dans la prochaine section, les assises légales de la Fédération et son siège social seront par la suite établies à Montréal, dans la foulée du 1er Festival international du film Super 8 du Québec en 1980. Une nouvelle version trilingue des objectifs de la Fédération a été publiée pour l’occasion.

Même si elle ne couvre pas toute la planète Super 8, la Fédération compte néanmoins à son apogée des membres d’une quarantaine de pays. Malgré son titre impressionnant, l’organisme n’est toutefois pas une véritable fédération d’associations nationales. Une minorité de pays sont représentés par une organisation nationale, la plupart du temps issue d’une association de cinéma amateur subventionnée : c’est notamment le cas du Québec (traité comme un pays au sein de la Fédération), ainsi que de la Belgique, de la Tunisie et du Portugal.

Les représentants de la plupart des autres pays sont des organisateurs de festivals internationaux ou d’événements locaux, des journalistes ou des cinéastes Super 8 reconnus qui participent à plusieurs festivals. Les membres individuels sont donc acceptés et une liste de 1986 recense quelque 120 membres. Les réunions se tiennent en présence et au hasard des membres présents au festival où se tient ladite réunion.

En plus d’assurer une liaison, la Fédération menait aussi des activités de représentation, par exemple auprès de Kodak ou pour un projet de développement avec l'UNESCO. Son principal fait d’armes est surtout d’avoir réussi à présenter un programme de films Super 8 internationaux dans le cadre de la Quinzaine des réalisateurs du Festival de Cannes, de 1981 à 1983, grâce au soutien de son directeur Pierre-Henri Deleau. Deux films du Québec y seront programmés : Dédicace de Marie Brazeau et Tous les garçons de Yves Laberge.

Bref, le fonctionnement était informel mais néanmoins efficace, en ce qu’il aura permis d’établir un réel réseau d'échanges et de communications entre les cinéastes et les publics de différentes cultures. Une communauté Super 8 et une solidarité internationale active se tissaient, dont profitèrent largement le Festival et les cinéastes québécois.

On peut voir dans la section Documents d'archive des bulletins, artéfacts, liste de membres, rapports et photos de réunions de la Fédération.