De l’Association des cinéastes amateurs du Québec à l’Association pour le jeune cinéma québécois (1974-1979)
Avant la popularisation du Super 8, des amateurs passionnés de partout dans le monde filmaient déjà en 16 mm, en 9,5 mm ou en 8 mm. Désireux de montrer leurs films et de visionner ceux des autres, ils se réunissaient et s’entraidaient la plupart du temps au sein de clubs de cinéma. Ces clubs finirent par se regrouper en fédérations nationales de cinéma amateur. C’est ainsi qu’est née l’Union internationale des cinéastes amateurs (UNICA) lors de l’Exposition universelle de Paris en 1937, regroupant alors une vingtaine de fédérations nationales, issues de quatre continents.
Au Canada, ce n’est toutefois qu’en 1963 qu’est créée la Fédération des cinéastes amateurs canadiens (FCAC), dont le siège social passera d’Ottawa à Montréal en 1968. La Fédération connaît alors de belles années sous la direction des Québécois Lucien Marleau et André Lafrance. Mais le financement fédéral prend fin, et la FCAC cesse ses activités en 1971.


Marleau et Lafrance militent alors pour la relance du mouvement au Québec. C’est ainsi qu’un groupe de Sherbrooke organise, en août 1973, dans le cadre d’un projet Perspectives Jeunesse, une Semaine du cinéma amateur à l’issue de laquelle un comité est créé en vue de fonder une association provinciale de cinéastes amateurs.
À la suite de rencontres à Trois-Rivières et à Montréal, l’Association des cinéastes amateurs du Québec (ACAQ) reçoit ses lettres patentes le 3 janvier 1974. L’Association est rapidement reconnue comme organisme national de loisir culturel et devient ainsi éligible au programme de financement du Haut-Commissariat à la jeunesse, aux loisirs et aux sports. Lucien Marleau en est le président et Pierre Chapleau en deviendra le premier directeur général.
Répondant à un pressant besoin d’information, la nouvelle association crée le bulletin Débobinons, d’abord sous la forme de feuilles reproduites sur stencils. À partir de 1976, dans le but de rejoindre un plus vaste public, le bulletin deviendra un journal tabloïd tiré à 5 000 exemplaires, distribué gratuitement dans des cégeps, universités, salles de cinéma, magasins photo, cafés et autres lieux de rencontre culturels.
Toujours fidèle à sa mission de soutenir les jeunes cinéastes, l’ACAQ publie aussi, en 1975, le Guide de poche du cinéaste amateur du Québec, un petit carnet qui fournit des conseils et des ressources afin d’épauler les cinéastes dans leurs projets de film et de faciliter la mise en place de clubs locaux ou régionaux.
L’Association, qui regroupe alors plus de 400 membres, organise aussi différentes activités de formation et de diffusion, au Québec et dans des festivals internationaux.
Elle met sur pied un premier Festival populaire de l’image, qui se tient en mai 1976 au Complexe Desjardins, en collaboration avec l’Association des photographes amateurs du Québec. En avril 1978, elle récidive avec le Festival populaire du jeune cinéma, qui se déroule au cinéma du Vieux-Montréal, où sont présentés des films de tous les formats (8 mm, 16 mm et Super 8) ainsi qu’un programme spécial de films Super 8 belges. Quelque six cents personnes assistent aux projections.
Lors de l’assemblée générale de juin 1978, plusieurs cinéastes Super 8, dont Sylvain Bernier et Michel Payette, proposent un virage axé sur le soutien à la production et à la diffusion Super 8. Ils estiment que le cinéma 16 mm est trop cher et qu’il profite déjà d’un réseau de soutien à la production et à la diffusion d’un cinéma dit artisanal, alors qu’un réseau équivalent est inexistant et reste à bâtir pour le Super 8.
La vidéo émergente bénéficie elle aussi de soutien, avec des groupes déjà établis, comme Le Vidéographe et Véhicule Art. Mais la technologie vidéo n’offre pas encore de réelles possibilités de montage à la maison, ce qui est un frein pour le grand public et les jeunes cinéastes de la relève qui constituent la clientèle visée par l’Association.
Il est donc convenu que l’Association se concentrera désormais sur le créneau du Super 8. Élus au conseil d’administration, Sylvain Bernier et Michel Payette veillent à mettre en œuvre cette nouvelle orientation, notamment avec l’aide du trésorier Robert Sabourin. Ils comptent parmi les piliers d’une équipe qui va travailler ensemble pendant près d’une dizaine d’années.
Les membres n’aiment pas l’étiquette d’« amateur », trop associée au film de famille ou à des films qui seraient de moindre qualité. Ils lui préfèrent celle de « Jeune cinéma », à l’instar du mouvement du Jeune théâtre qui dans les années précédentes avait gagné ses lettres de noblesse au Québec. Le nom de l’Association est ainsi modifié en 1979 pour celui d’Association pour le jeune cinéma québécois (APJCQ). Dans le même élan, le nom du journal passe de Débobinons à Plein cadre, dont le premier numéro paraît en novembre 1979.
L’APJCQ se prépare donc à organiser un prochain festival national, exclusivement dédié au Super 8, et à accueillir à nouveau des films et des invités de l’étranger. Mais une proposition inattendue vient soudainement brasser les cartes, ce qui va donner naissance à un festival de plus grande envergure (tel qu’on le décrira dans la section 4). L’émergence d’un tel festival favorisera évidemment le développement de l’APJCQ. Celle-ci multiplie les activités de promotion et de représentation et développe une offre de services Super 8 intégrée : formation, services techniques, aide à la production, soutien aux groupes régionaux et de diffusion au Québec et à l’étranger. Voici quelques exemples de leurs initiatives :
Promotion
Dans son dépliant « Movie-vous, faites un film », diffusé en 1983, qui invite la population québécoise à créer ses propres images, l’Association annonce l’ensemble de ses services ainsi que la liste de ses sept regroupements régionaux.
Représentation
En 1982, dans un mémoire présenté à la Commission d’études sur le cinéma et l’audiovisuel,
intitulé Une alternative pour un cinéma populaire et accessible, l’Association inscrit la démarche
Super 8 dans la continuité des objectifs de la politique culturelle québécoise et de l’approche
économique du Small is beautiful de E.F. Schumacher. Elle y réclame des programmes de
financement dédiés aux productions en Super 8 de la relève.
Formation
Les programmes d’initiation et de perfectionnement en cinéma connaissent toujours un vif
succès et amènent chaque année de nouveaux cinéastes à découvrir et approfondir le format
Super 8.
Centre de production
Des services de location d’équipements de tournage et de montage sont proposés, incluant une
table de montage horizontale à six plateaux, et des services de pistage de film,
d’enregistrement et de mixage sonore. Les services de post-production du centre sont
débordés lorsque la date de tombée du festival approche.
Diffusion
L’Association répond à diverses invitations ou fait elle-même des approches pour aller
présenter des programmes de films un peu partout au Québec. Elle met aussi en place des
programmes de diffusion avec les télévisions communautaires. Enfin, elle coordonne et facilite
la participation des films dans les festivals étrangers. Les bilans de diffusion publiés dans Plein cadre démontrent bien l'étendue de ces initiatives.
Régionalisation
L’Association étant reconnue et financée comme un organisme national de loisir culturel,
soutenir la pratique cinématographique dans toutes les régions du Québec fait partie de son
ADN. En 1985, l’APJCQ commençe même à prendre l’allure d’une véritable fédération
nationale, avec ses sept antennes régionales, dont les activités respectives culminent dans la
tournée régionale du Festival international du film Super 8.

Mais les temps vont de nouveau changer… La vidéo légère devient de plus en plus populaire auprès du public et des jeunes cinéastes du Québec. Pour rester fidèle à sa mission, l’APJCQ doit s’adapter à cette nouvelle réalité technologique et commerciale. L’annonce en pleine page de la nouvelle caméra vidéo 8 Kodavision dans le programme du festival Super 8 de 1985 est un indice précurseur des changements à venir qui génèrent une certaine panique auprès des adeptes de la pellicule.
L’Association organise à cette époque des rencontres de consultation en vue d’élaborer un plan de développement triennal, désormais exigé par le Ministère du Loisir, de la Chasse et de la Pêche (MLCP). Dans le cadre de cette planification, l’ouverture vers la vidéo est vite reconnue comme une nécessité.
Une série de six articles écrits par Michel Payette dans plusieurs numéros de Plein cadre express sur l’histoire de l’Association pour le jeune cinéma québécois documentent ce processus et revient sur les points marquants.










