Du Mercredi 26 Novembre 2014 au Vendredi 19 Décembre 2014

Crawley Films : Les origines d'une industrie

 

Pour plus de détails sur le cycle Crawley, nous vous invitons à consulter cet article :

http://collections.cinematheque.qc.ca/publications-recentes/rene-bonnier...

Crawley Films a été jusqu’aux années 1960 la principale alternative canadienne au cinéma produit par l’ONF. Tirant son épingle du jeu grâce aux commanditaires, réalisant des centaines de documentaires pour diverses institutions, ce cinéma correspondait à l’énergie débordante de son instigateur.

Le programme que la Cinémathèque québécoise propose autour de Crawley Films vise à faire découvrir ou redécouvrir des films qui ont marqué la cinématographie québécoise et canadienne pendant plusieurs décennies, des années 1930 jusqu’à la fin des années 1970. Au Québec, ces films sont pour la plupart méconnus, mais ont une valeur historique incontournable : ils nous permettent déjà d’établir une distance avec les lieux communs du cinéma de l’époque (Proulx au premier chef, mais aussi le cinéma de l’ONF qui débute au même moment). La représentation du Québec y est importante et par exemple visible dans les films Montreal (1944), Ile d’Orléans (1938) ou encore Amanita Pestilens (1963). Des films qui nous donnent à voir le paysage ou l’espace urbain sous une forme inédite et originale, permettant de comprendre un rôle que le cinéma joue, en portant visuellement l’empreinte d’une époque et d’un siècle. Un autre élément remarquable : le premier cinéaste à s’illustrer au sein de Crawley Films est une femme, Judith Crawley qui réalise ses premiers films dans les années 1930 (un programme lui est consacré, le 18 décembre à 16 heures).

Frank Radford Crawley dit Budge était à l’origine dédié à la profession de comptable, comme son paternel. Mais à compter de la fin des années 1930, après la réalisation de films dits amateurs, il crée sa compagnie et réalise des films d’actualité, ainsi que des films publicitaires. Crawley Films indique par son appellation même qu’il s’agit d’une entreprise familiale et l’on constate que ses films résultant de commandes de diverses compagnies ou ministères, sont aussi des détournements de films de famille. Par exemple, Know your Baby de Judith Crawley détaille le portrait de ses proches, de la maison familiale et des espaces de villégiature qui l’entoure.

L’une des forces de Crawley a été de savoir tirer profit des films à vocation publicitaire, financés par des intérêts privés. Deux bons exemples de cela sont les films Abitibi et Expo67 de René Bonnière (présentés le 28 novembre, à 16 heures). Ce dernier avait rencontré Budge pour la première fois au milieu des années 1950, lorsque le producteur était de passage à New York… (Il recevait alors dans sa suite, à l’hôtel Algonquin, à peine vêtu d’une robe de chambre pour discuter de projets de films.) Dans les meilleurs cas, ces œuvres publicitaires ne vont pas simplement remplir le cahier des charges, mais introduire une distance par l’humour. De plus, le travail de la mise en scène y est soutenu par les moyens engagés, permettant des expérimentations témoignant parfois d’une grande force créatrice dans le documentaire. Par exemple, le film financé par la compagnie planquée derrière Expo 67 permet aussi de dessiner le documentaire du chantier de l’Ile Notre-Dame en 1963. Les fréquentes vues aériennes qui impliquent  l’engagement de beaucoup de moyens témoignent à merveille de l’état des lieux. Dans le même temps, l’intervention des notables d’Expo 67 qui avait simple valeur promotionnelle au départ, donne aujourd’hui à voir la vision qu’ils cherchaient à transmettre aussi bien par leur discours, par la spécificité de leurs gestes que par les décors dans lesquels ils évoluent.         

C’est à compter du milieu des années 1950 que Budge Crawley marque sans conteste de son empreinte le cinéma canadien, en multipliant les partenariats avec l’ONF, avec Radio-Canada (voir Au pays de Neufve-France de Perrault/Bonnière, ou encore Les faux visages de Bonnière), à une époque où le centre de la production cinématographique au Canada est situé à Ottawa. Crawley Films possède alors son principal espace de production au Québec, près de la capitale fédérale, à Old Chelsea, en Outaouais. Des figures marquantes du cinéma québécois, canadien et américain ont à un moment ou l’autre collaboré avec Crawley : pensons à Pierre Perrault qui débute au cinéma en écrivant les commentaires français de Loon’s Necklace, de La légende du Corbeau, de Maitres-artisans du Canada, à Maurice Blackburn (responsable du son sur Montreal réalisé par Budge Crawley lui-même, en 1944), à Irvin Kershner (futur réalisateur du fameux Empire contre-attaque), avec The Luck of Ginger Coffey (présenté le 26 novembre), l’une des premières incursions de Crawley dans le cinéma de fiction à potentiel commercial qui connait un succès d’estime aux États-Unis.

Budge Crawley a travaillé avec beaucoup d’acharnement à compter du début des années 1960 à créer un système de distribution canadien, pour notamment y montrer des films produits par lui. À ce titre, il a joué le rôle d’un défricheur, dans une époque où les principaux  films qui circulaient parvenaient d’un côté de l’ONF et de l’autre des majors hollywoodiens. À cela l’on peut excepter le circuit très limité des ciné-clubs qui laissait de la place au cinéma international. Cet acharnement finira par porter ses fruits à compter des années 1970, l’apogée  venant avec un documentaire tel que Janis (présenté le 27 novembre), montage d’archives diverses témoignant de la personnalité  de Janis Joplin, réalisé quelques mois après son décès. Un autre grand coup fut The Man Who Skied Down Everest (présenté le 12 décembre) qui détaille le trajet démentiel d’un skieur d’exception dévalant l’Everest. Pour ce film Crawley a obtenu l’Oscar du meilleur documentaire, en 1975.

Guillaume Lafleur    

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