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CinémaLes incontournables : 5 x le passage d’un train

Apolline Caron-Ottavi
29 juin 2022
Les incontournables : 5 x le passage d’un train

Les liens indéfectibles – historiques, techniques et formels – qui unissent le cinéma au train depuis le tout premier film sont bien connus. Il est donc tout naturel de trouver des trains dans un cycle de grands films incontournables. En voici cinq, pour autant de moments de cinéma inoubliables.

Qui dit train dit mécanique.
Comme celle, implacable, de la machine à vapeur, de la révolution industrielle et de la guerre de Sécession, à laquelle fait face la mécanique incertaine et intempestive du corps burlesque dans The General (1926), le chef-d’œuvre atemporel de Buster Keaton. La frêle silhouette du cheminot Keaton semble être le rouage fragile et trop humain de la bête de fer dont il tient les rênes. Sur sa locomotive emballée, le voilà lancé à toute vitesse au cœur de l’Histoire, franchissant par inadvertance les lignes ennemies, tentant de garder le cap au milieu du remous des événements… C’est comme s’il nous entraînait sur les rails du plus long travelling du cinéma, pour ce qui demeure à ce jour l’un des films d’action les plus ambitieux jamais réalisés.

Qui dit train dit gare.
Lieu de passage et de bagages, de billets à acheter et de bras trop chargés, de distraction et de précipitation. Terrain de jeu formidable pour le voleur comme pour le metteur en scène dans le Pickpocket (1959) de Robert Bresson. La séquence de la gare est l’une des plus belles du film : un véritable ballet cinématographique, élégant et déroutant, de jambes qui se dépêchent, de corps qui se croisent et de mains baladeuses légères comme des papillons. Les portefeuilles et les objets s’échangent de main en main, de la gare au wagon puis du wagon à la gare, passent et repassent dans un glissement incessant qui ne s’arrête que lorsqu’un autre mouvement se met en marche : celui du train, emportant au loin les poches vidées et la culpabilité.

Qui dit train dit rencontre.
Et qui dit rencontre, dit quiproquo possible… C’est ce qui arrive à trois émissaires soviétiques – dont l’idéologie a été fortement ramollie par la frivolité parisienne – lorsqu’ils vont chercher à la gare un « komrad » envoyé par Moscou (d’ailleurs pour les remettre dans le droit chemin) dans le Ninotchka d’Ernst Lubitsch (1939). Ils guettent le moindre moustachu qui leur ressemble, jusqu’à ce qu’il ne reste plus sur le quai que la silhouette austère mais néanmoins indéniablement féminine de… Greta Garbo, qui ne tarde pas à donner le ton inflexible de sa visite. La promotion de Ninotchka clamait qu’on pouvait y voir « Garbo laughs! » (Garbo rit); ce n’est certainement pas dans cette scène que ça arrive et c’est bien ce qui la rend hilarante.

Qui dit train dit horloge.
Les aiguilles de celle-ci se font parfois désirer dans leur course contre le temps. Les minutes sont interminables dans High Noon de Fred Zinneman (1952) – pour les héros, non pour le spectateur qui n’a qu’à retenir son souffle devant ce western dont l’action se déroule quasiment en temps réel, gros plans d’une horloge à l’appui. Entre 10h40, heure à laquelle le shérif Will Kane s’apprête à rendre son étoile pour partir avec sa jeune épouse, et midi, heure à laquelle un criminel arrivera par le train pour se venger de Kane, un monde de dilemmes intimes, d’enjeux éthiques et de désillusions sociétales se déploie sous nos yeux, condensés dans le cadre minimaliste d’une rue principale, d’un hôtel et d’une gare. Bref, le meilleur du western à l’état le plus pur.

La complainte du sentier de Satyajit Ray

Qui dit train dit changement.
Non seulement de lieu, mais d’époque. Ce n’est rien de moins que le signe des temps qui traverse la plaine devant le regard ébahi d’Apu et de sa sœur à la fin de La complainte du sentier de Satyajit Ray (1955): le vent souffle dans leurs cheveux et sur les champs de coton, conférant à la séquence une aura poétique presque surnaturelle. Ce vent est annonciateur de celui qui va suivre, vent de changement dont le son est cette fois celui d’une machine à vapeur crachant un panache de fumée noire sur la plaine de coton blanc. Les enfants courent à sa rencontre, entre crainte et fascination, leur silhouette clignote derrière les roues et sur la pellicule. Un instant et voilà le train déjà loin, laissant dans son sillage l’ombre invisible de bouleversements à venir.

Le 12 août 2022
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La comtesse aux pieds nus
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Du 1er juillet au 31 août 2022 | Ce programme rassemble près de 80 des films les plus marquants de l’histoire du cinéma, produits entre 1916 et 1960. Consultez le cycle complet dès maintenant!